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Vers la durabilité et la protection de la forêt tropicale humide de Kwabre


Opening of VCO centre © Sofi Tucker Foundation

La forêt tropicale humide de Haute Guinée constitue une bande de 350 km de large de forêt tropicale côtière d'Afrique de l'Ouest qui s'étend de la Sierra Leone à la frontière entre le Ghana-Togo. La forêt tropicale humide est classée parmi les 25 zones clés de biodiversité (ZCB) de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN), parmi les Hotspot de biodiversité de Conservation International I et parmi les Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux (ZICO) de Birdlife International. Il est à noter que les 25 ZCB de l'UICN ne couvrent que 1,4 % de la surface de la terre mais contiennent plus de 60 % de toutes les espèces animales et végétales de la planète. La forêt tropicale humide est l'un des écosystèmes les plus diversifiés du continent africain sur le plan biologique. Elle abrite plus de 1 800 plantes endémiques, 31 oiseaux endémiques menacés, 35 mammifères endémiques menacés et 49 amphibiens endémiques menacés.

Située dans la forêt tropicale de Haute Guinée, la forêt tropicale de Kwabre est un corridor de 2 550 hectares de forêt tropicale vierge appartenant à la communauté qui se trouve le long du fleuve Tanoé, juste en face de la forêt de Tanoé en Côte d'Ivoire, dans l'ouest du Ghana. Kwabre abrite un certain nombre de primates menacés, dont le mangabey à nuque blanche (Cercocebus lunulatus), le colobe noir et blanc de Geoffrey (Colobus vellerosus) et le singe Roloway, tous 2 en danger critique d'extinction et inscrits sur la liste des 25 primates les plus menacés du monde.

La West African Primate Conservation Action (WAPCA), une ONG locale dirigée par le Zoo d'Heidelberg et dont la mission principale est de sauvegarder les primates menacés au Ghana et en Côte d'Ivoire, travaille avec les communautés locales vivant à proximité de la forêt tropicale Kwabre, en leur donnant les moyens d’établir une Aire de Gestion des Ressources Communautaires (CREMA) qui permet légalement aux communautés locales de gérer leurs ressources naturelles et de protéger la forêt tropicale Kwabre de la destruction.

Depuis que WAPCA a commencé à travailler dans la région en 2012, après la publication d’une étude sur les primates révélant la présence d’une population de singes Roloway que l'on pensait alors éteinte localement, elle a, en partenariat avec le Centre Suisse de Recherche Scientifique (CSRS) en Côte d'Ivoire et l'association Man & Nature de Noé, atteint un grand nombre de ses objectifs, en se concentrant sur la manière dont elle peut se maintenir sur le long terme.

La CREMA est composée de 2 organes élus, les Comités de Gestion des Ressources Communautaires (CRMC) que chaque communauté élit, et le Comité Exécutif Communautaire (CEC) où siège des représentants des différents CRMC. Le CEC supervise tous les CRMC et la CREMA. En 2014, la CREMA comptait 10 communautés, en 2019, le nombre de communautés atteignit 18, soulignant le soutien et l'intérêt des communautés voisines vis-à-vis du projet.

Vers la durabilité

Le Comité Exécutif de la CREMA et la Savannah Fruits Company (SFC) sont les deux parties d'un Accord de Conservation visant à encourager les activités de conservation et de développement économique dans la région d'Ankasa-Tano. Cet accord formalise la contribution de la Savannah Fruits Company aux efforts de conservation de la CREMA d'Ankasa-Tano. La SFC verse un pourcentage des bénéfices réalisés sur la vente des noix de coco fournies par les agriculteurs de la CREMA à un Fonds de Conservation. L'Accord de Conservation a été signé en mars 2020 avec l’établissement du premier chèque à l’ordre de la CREMA pour son Fonds de Conservation.


Planting a tree sapling in the core zone of the forest © Sofi Tucker Foundation

Pour protéger la forêt, les Equipes Communautaires de Protection des Forêts Tropicales Humides ont joué un rôle important dans la lutte contre les activités illégales. Pour ce faire, les équipes ont récemment été formées à Cybertracker - un logiciel gratuit pour les téléphones androïdes. Grâce à ce logiciel, les patrouilles sont en mesure de protéger la forêt en suivant l'effort de patrouille tout en recueillant des données précieuses sur la biodiversité.

Entreprendre le reboisement implique la création d’une zone tampon en bordure de la forêt, la restauration des espaces dégradées dans la zone centrale de la forêt et le développement de l'agroforesterie. Environ 20 000 semis ont été plantés en 2019. Les agriculteurs des communautés locales ont reçu 11 500 semis, tandis que 7 500 autres ont été plantés dans la zone tampon. En outre, 200 plants ont été repiqués dans la zone centrale de la forêt. Ces jeunes plants sont cultivés dans les pépinières communautaires, et une formation est dispensée aux communautés locales sur la manière d'entretenir les pépinières.

La forêt tropicale humide de Kwabre, située à la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, est vulnérable aux activités transfrontalières illégales. Pour atténuer ce problème, un comité de pilotage transfrontalier a été formé avec des représentants des deux pays afin d'établir un plan de gestion des forêts transfrontalières et des patrouilles conjointes. L'établissement de ce plan transfrontalier permet aux patrouilles de l'un ou l'autre pays d'appréhender les exploitants illégaux, quelles que soient leurs origines ou la source du bois illégal, de confisquer les matériaux et d'imposer des amendes. Les patrouilles conjointes sont actives et le plan de gestion est en cours de finalisation. Une fois validé, il sera signé par toutes les parties prenantes, y compris les autorités des gouvernements partenaires.

Améliorer les moyens de subsistance

Depuis 2017, la WAPCA travaille en partenariat avec Noè, une ONG française, au développement des moyens de subsistance durables et des chaînes de valeur verte. L'objectif général de cette collaboration est triple : (i) promouvoir les efforts de conservation en fonction des besoins socio-économiques des communautés, (ii) promouvoir les bonnes pratiques agricoles et (iii) assurer la durabilité des efforts de conservation.

WAPCA travaille avec SFC qui produit de l'huile de noix de coco biologique dans son centre de transformation près du site du projet pour mettre en place une chaîne de valeur verte. Des groupes d'agriculteurs ont été formés et des ateliers sur le processus de certification ont été réalisés. SFC a commencé à acheter de la noix de coco à un prix préférentiel. La construction d'un centre CREMA de transformation d'huile de noix de coco biologique est maintenant terminée sur un terrain acquis par la CREMA, et la démarche d'enregistrement et de formation des femmes des communautés locales sur le traitement de l'huile a commencé. Une fois que le centre commencera à fonctionner, il créera des emplois dans les communautés, améliorant ainsi l'économie locale et réduisant la pression sur la forêt.

"Travailler avec SFC sur l'initiative de la noix de coco biologique a amélioré mes moyens de subsistance et ceux des agriculteurs inscrits aux projets de noix de coco biologique grâce à des revenus plus élevés que nos compatriotes et l’existence d’un marché puisque SFC achète nos noix de coco. Auparavant, nous vendions les noix de coco à des prix fixés par les acheteurs nigérians, mais par la présence de SFC et du projet biologique, nous négocions désormais notre prix plus une majoration qui a amélioré ma vie", déclare JK Menla, un producteur de noix de coco à Ellenda.

"Le centre de transformation créé est une autre bonne chose pour la communauté, car un certain nombre de femmes transformatrices, dont ma femme, ont été formées et attendent avec impatience le début de la production, ce qui contribuera également à améliorer les activités économiques au sein de la communauté et les moyens de subsistance des transformatrices, y compris ceux de mon ménage", ajoute Menla.

Le développement d'une chaîne de valeur verte pour le cacao biologique est essentiel pour améliorer les moyens de subsistance dans la région. Yayra Glover, une entreprise du secteur privé, travaille avec la CREMA sur la chaîne de valeur verte du cacao biologique. À ce jour, 516 agriculteurs issus de 13 communautés englobant un total de 400 exploitations et couvrant une superficie de 2 497 acres ont été enregistrés.

Un agent de terrain à plein temps a été recruté pour former les agriculteurs et veiller à ce que toutes les normes biologiques soient respectées - 54 formations et 3 démonstrations ont été organisées jusqu'à présent. Les formations sont également axées sur les problématiques du travail des enfants, de la déforestation et des bonnes pratiques agronomiques afin de promouvoir la protection de la flore et de la faune dans le périmètre de production biologique désigné.


VCO processing centre © Sofi Tucker Foundation

"Personnellement, j'aime le programme même si j'avais des doutes au début. Cependant, la visite et les sessions de formation régulières du responsable de terrain sur la mise en œuvre et la convention de diverses exploitations agricoles en agriculture biologique, plus, la manifestation des résultats dans mon exploitation et dans les autres alentours m'ont fait aimer le programme. On nous enseigne non seulement la culture biologique du cacao, mais aussi la logistique et les meilleures pratiques agricoles. Même si l'achat de cacao n'a pas encore commencé, je suis convaincu que moi-même et l'ensemble des groupes d'agriculteurs profiteront ou seront témoins de l'autonomisation des moyens de subsistance économiques dès que l'achat commencera", déclare Emmanuel Fedenkor, un cultivateur de coca à Kwabre.

Comme des méthodes agricoles conventionnelles ont été utilisées auparavant, impliquant l'utilisation de niveaux élevés de produits chimiques, il faudra 3 ans avant que les exploitations puissent être certifiées biologiques. Toutefois, Yayra Glover a fait savoir que pendant la période de conversion, le cacao sera acheté comme "biologique en conversion", à un prix supérieur à celui du cacao conventionnel. En outre, Yayra Glover et la CREMA sont en train de rédiger un Accord de Conservation.

Le succès continu du projet a eu un impact significatif sur la survie de 3 espèces de primates très menacées, qui perdent leur habitat à un rythme alarmant et sont confrontées à une réelle menace d'extinction. Le projet vise également à réduire le niveau de pauvreté en améliorant la situation socio-économique des communautés et en soutenant les écosystèmes dont dépendent les populations locales. La durabilité du projet est essentielle, et avec l'introduction de l'Accord de Conservation dans l’architecture du projet, il y a une réelle opportunité de réaliser cela pour les communautés locales et l'écosystème forestier au profit des générations à venir.