Africa

Renforcer les capacités du Liberia pour une conservation efficace de l'hippopotame pygmée

- Par Sarah Pocock, Communications Officer, Fauna & Flora International

 

Largement reconnues comme un point chaud de la biodiversité mondiale et contenant le plus grand écosystème de forêt tropicale humide de Haute Guinée encore intact - environ 42 % -, les forêts du Liberia abritent de nombreuses espèces qui ne se trouvent nulle part ailleurs sur Terre et constituent un sanctuaire pour plusieurs autres qui sont presque éteintes en dehors du pays, notamment l'hippopotame pygmée (Choeropsis liberiensis).


Pygmy hippo workshop in seredou Guinea © FFI

Endémique des forêts d'Afrique de l'Ouest, l'hippopotame pygmée est désormais présent uniquement dans les forêts tropicales humides de Haute Guinée qui s'étendent de la Côte d'Ivoire à la Guinée, au Liberia et à la Sierra Leone. Historiquement sous-étudié, il reste beaucoup à apprendre sur l'hippopotame pygmée et une véritable urgence pour le faire - la perte d'habitat et la chasse ont fait chuter leur nombre de manière drastique à environ 2 000. Bien que l'espèce soit inscrite sur la liste rouge de l'UICN des espèces en danger, la dernière évaluation, réalisée en 2015, a mis en évidence un taux élevé de perte de forêts et une intensification de la chasse (Ransom et al., 2015). Aussi, si des données actuelles étaient disponibles, il serait fort probable que l'espèce soit en fait inscrite à la liste des espèces en danger critique d'extinction.

L'intervention

S'appuyant sur 20 ans de travail au Liberia, Fauna & Flora International (FFI) a lancé un projet financé par le CEPF pour renforcer la capacité de conservation du Liberia et soutenir la conservation des hippopotames pygmées en 2017. Sur une période de 3 ans, l'équipe va conduire une enquête nationale pour combler les lacunes en matière d'information, traiter les menaces, accroître la sensibilisation et établir une gestion efficace des habitats critiques à l’existence de l'hippopotame pygmée afin d'assurer sa protection et son rétablissement au Libéria et dans toute son aire de répartition. En plus de répondre au besoin urgent d'informations précises sur la répartition de l’espèce et au manque de capacités à l'échelle nationale, l'équipe cherche également à mettre en place des réseaux régionaux pour collecter et analyser les données et mettre en œuvre une stratégie régionale de conservation et un plan d'action national pour l'hippopotame pygmée.

Jusqu'à présent, une série d'ateliers et d’enquête de terrain ont été organisés : des étudiants universitaires, des stagiaires et du personnel technique du gouvernement et des organisations partenaires ont ainsi participés à ces formations portant sur les statistiques à l'échantillonnage écologique ou encore les outils de cartographie géographique tels que le système d'information géographique et l'outil de surveillance et de rapport spatial. "Mon expérience en tant que stagiaire au FFI a été une expérience d'apprentissage saine. De l'exposition à des sujets clés de l'écologie et de la gestion des zones protégées au développement de compétences en matière de recherche et de communication, j'ai maintenant davantage confiance en mes capacités techniques à soutenir efficacement la conservation de la biodiversité", déclare Francis Cooper, stagiaire à la FFI.


Pygmy hippo caugh on camera trap in Sapo National Park © FFI

Le développement d'un protocole de collecte de données sur les hippopotames pygmées a ouvert les portes vers des opportunités de collaboration et de création de réseaux. Une première ébauche du nouvel outil de collecte de données a été produite en 2019, marquant une étape importante du renforcement de la collecte de données précises sur cette espèce méconnue dans les pays de son aire de répartition. Les caméras-pièges et les échantillonnages de l'ADN sont également menés afin d’obtenir des informations complémentaires sur la distribution géographique des populations et génétiques de cette espèce.

Compter les gains

La nature timide et secrète de l'hippopotame pygmée avait entraîné une faible sensibilisation du public à l'égard de l'espèce et des menaces auxquelles elle est confrontée. Afin d'obtenir le soutien du public pour la conservation de l'hippopotame pygmée, une campagne de sensibilisation a été mise en place pour toucher un large public. L'hippopotame pygmée est désormais présent sur les ondes de la radio nationale et est célébré par des peintures murales exposées dans une école et l’aéroport international. L'espèce est en passe de devenir un emblème pour le Libéria.


Mural painting on the compound wall in Monrovia © FFI

"Nous sommes très heureux de voir une collaboration entre les organisations et les pays en faveur de la conservation des hippopotames pygmées", déclare le Dr Mary Molokwu-Odozi, Responsable de Pays chez FFI au Liberia. "En investissant dans les capacités nationales, nous espérons que ce travail se poursuivra longtemps dans l'avenir et que l'hippopotame pygmée pourra à nouveau prospérer dans le paysage de la forêt de Haute Guinée".

FFI a commencé à travailler au Liberia en 1997 et a joué un rôle crucial, avec ses partenaires, dans la relance des opérations de la plus ancienne zone protégée du pays - le parc national de Sapo - après des années de conflit civil. Depuis lors, nous avons étendu notre programme à la gestion des zones protégées, à la conservation d'espèces spécifiques, à la valorisation des forêts du Liberia pour le stockage du carbone et au soutien des communautés pour qu'elles s'engagent dans la conservation. Tout au long de nos travaux, nous nous efforçons à soutenir les jeunes écologistes du Libéria en contribuant au renforcement des capacités de conservation au niveau national - malheureusement restreintes en raison du manque de possibilités de formation pratique et universitaire.