Africa

Renforcer la capacite des acteurs ivoriens de la gestion du paysage cacaoyer pour favoriser la conservation de la biodiversite


© CEFCA

- Par Mélanie Bayo, Director

 

Le Parc National de Taï (PNT) est la plus grande forêt primaire tropicale sous protection de toute la zone forestière d'Afrique de l'Ouest. Avec une superficie d'environ 5 360 km2. Le PNT et la réserve de faune de N'Zo représentent plus de 50 % de la superficie totale des zones forestières d'Afrique de l'Ouest placées sous un statut de protection stricte. En raison de sa grande taille, le PNT est une occasion unique de préserver l'ensemble du réservoir génétique d'un écosystème forestier complexe.

La forêt de Cavally située près du PNT, d'une superficie de 67 000 hectares, est très menacée. L'agriculture est le secteur qui contribue le plus à la déforestation. La production de produits d'exportation tels que le café, le cacao, le caoutchouc, l'ananas et l’huile de palme, principalement dans la partie sud du pays, constitue une menace encore plus grande pour la déforestation. Par conséquent, le bon déroulement d'un projet de conservation de la biodiversité dans la région du PNT doit relever divers défis, dont notamment ;

⦁ Les problèmes environnementaux : la préservation des différents écosystèmes de ce massif contribuera à protéger l'équilibre écologique de la région et à freiner durablement l'empiètement de l'agriculture dans ces zones protégées ;

⦁ Les enjeux économiques et sociaux : la gestion rationnelle des ressources naturelles contribuera non seulement au développement mais aussi à l'amélioration du niveau de vie des populations et particulièrement celles des zones rurales.

⦁ Les intérêts scientifiques : la préservation de la richesse et la spécificité de la faune et de la flore du parc permettra d'importantes découvertes scientifiques potentielles.

Une des communautés impliquées dans ce type de projet de conservation appartient à la coopérative CAFTA (Coopérative Agricole Fraternité de Taï), située dans le paysage entre la frontière nord du PNT et la forêt de Cavally. Le projet a pour but de répondre aux problèmes environnementaux et sociaux de la région, y compris le changement climatique, la déforestation, la pauvreté et l'agriculture non durable.

Ce projet, financé par le CEPF, a démarré en juillet 2017 et se poursuivra jusqu'en décembre 2021. À ce jour, grâce aux nombreuses initiatives des parties prenantes, le parc est assez bien préservé mais reste soumis à de multiples et importantes pressions. La situation de la forêt de Cavally, située près du PNT, est-elle des plus critiques. Avec des actions centrées sur ces menaces sous-jacentes, le projet soutient le gouvernement et les communautés locales dans leurs efforts pour éliminer la déforestation et le braconnage de la chaîne d'approvisionnement et en favorisant une économie agricole sans déforestation grâce à la création d'un Conseil de Gestion du Paysage (CGP). Le projet CGP couvre 06 communautés et implique 487 familles productrices de cacao et une communauté plus large à travers des activités telles que des sensibilisations dans les villages et des programmes radio. L'une des activités clés du projet est la mise en place d'un conseil de gestion des terres avec plusieurs objectifs, dont l'élaboration d'une "analyse de base" pour le paysage de Taï-Cavally qui définit les menaces et les causes profondes dans les deux écosystèmes ; surmonter les menaces pressantes pour les écosystèmes en mettant l'accent sur l'action collective au-delà des efforts des propriétaires fonciers, en plus de l'élaboration de stratégies et d'actions de collaboration pour faire face à ces menaces urgentes.


LMB Meeting © CEFCA

Le CGP a été créée et approuvée par les autorités traditionnelles, ainsi que par des représentants de l'Office Ivoirien des Parcs et Réserves, de la Société de Développement des Forêts et des agences gouvernementales en charge des parcs et de la protection des forêts. Un Plan de Gestion Participative du Paysage (PGPP) a été finalisé et approuvé par les communautés locales.

Outre les avantages qu'il présente pour la conservation de la biodiversité, le projet vise également à préserver la production future de cacao en encourageant l'adoption, tout aussi essentielle, de pratiques durables, respectueuses du climat et de la biodiversité pour accroître les revenus des producteurs de cacao. De plus, le projet travaille avec les éleveurs, femmes incluses, en les formant aux compétences et aux possibilités de diversification des revenus, comme l'élevage de poulets et l'apiculture. Pour l'élevage de poulets, un total de 50 agriculteurs pilotes ont été sélectionnés, dont 32 femmes. Plus de 309 poulets et poussins ont été produits (162 sur le site de Daobly et 147 à Paule Oula). Pour l'apiculture, 10 ruches ont été établies dont 4 ont été colonisées par les abeilles.

Le CGP a accentué la sensibilisation sur la nécessité de gérer les ressources naturelles de manière plus durable. Pour M. GUEI Alexis, un agriculteur qui a participé à l'élaboration du plan d'action pour le paysage, "la force du plan d'action est qu'il apporte une cohésion entre les objectifs de conservation et les croyances et traditions culturelles". Pour lui, "le projet a permis des discussions autour des deux écosystèmes qui sont des patrimoines clés pour nos communautés".

Enfin, sous la supervision du CGP et avec le soutien de la SODEFOR (l'agence nationale chargée de la protection des forêts), 9 865 plantules d'arbres d'ombrage de 4 espèces (Terminalia ivorensis, Terminalia superba, Riccinodendron heudelotti, Tieghemella hecklii) ont été distribuées et ont été plantées dans les exploitations pour augmenter l’étendue de la couverture forestière et établir une zone tampon (exploitations situées à proximité d'un écosystème).