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Protéger les communautés locales et les sources d’eau douce de la pollution environnementale au Ghana


© ResouceTrust Network, 2019

Les petites exploitations agricoles constituent la principale utilisation des terres dans le corridor de conservation du Sud-est de la Côte d'Ivoire et du Sud-ouest du Ghana. Des milliers de petites exploitations d'huile de palme et de caoutchouc naturel sont situées à proximité de Zones Clés de Biodiversité (KBA), comme la Réserve Forestière de Cape Three Point.

En août 2018, l'ONG locale Resourcetrust Network (RTN), avec le financement du Fonds de Partenariat pour les Ecosystèmes Critiques (CEPF) et le soutien technique de Birdlife International, a lancé un projet visant à améliorer les moyens de subsistance des agriculteurs et à soutenir la conservation de la biodiversité. Le projet vise à combler les lacunes opérationnelles des petits exploitants agricoles. Dans le cadre de ce projet, l'équipe du RTN a effectué des évaluations dans les exploitations agricoles afin d'identifier et de trouver des solutions aux lacunes en matière de Meilleures Pratiques de Gestion (BMP) et de vérifier la présence ou l'absence de Hautes Valeurs de Conservation (HCV) et de Stocks de Carbone Elevés (HCS). L'une des lacunes identifiées en matière de BMP était l'élimination inappropriée des déchets agrochimiques. Les petits exploitants agricoles n'avaient pas de système en place pour gérer les déchets, les emballages de produits agrochimiques étant abandonnés dans les plantations. En outre, certains étaient utilisés pour stocker les aliments et aussi comme gobelets. "Lorsque nous sommes arrivés dans les plantations pour la première fois, nous avons été choqués par le nombre d’emballages vides de produits agrochimiques qui se trouvaient partout. Nous avons été encore plus surpris lorsque nous avons vu que les agriculteurs mangeaient et buvaient dans certains de ces récipients. À ce moment, nous avons su qu'il fallait agir immédiatement", note Mike Ayeh, responsable du projet RTN.

Parmi ces déchets agrochimiques, il y avait des emballages de désherbants vides, des engrais et de l'éthéphon. L'éthéphon est un stimulant chimique couramment utilisé, appliqué sur les hévéas pour induire un flux de latex lors de l'entaillage. En moyenne, trois emballages de 500 ml d'éthéphon sont appliqués par hectare chaque mois. La taille moyenne d'une petite plantation est de quatre hectares, et avec plus de 1500 petites exploitations d'hévéas, on estime que 250 000 récipients d'éthéphon sont utilisés chaque année. Ce chiffre, ajouté aux milliers d'autres emballages de produits agrochimiques utilisés chaque année dans les exploitations agricoles, souligne l'ampleur de la pollution dans ces petites exploitations. "Avant que Resource Trust ne vienne dans nos plantations et nous parle des effets néfastes des emballages sur l'environnement et la santé, nous ne ressentions pas le besoin de trouver un bon moyen de les éliminer. Je les laissais dans ma plantation après l'application et j'en utilisais quelques-uns comme gobelets à boire", explique Augustine Arthur, un petit exploitant agricole local.

RTN a consulté de nombreuses parties prenantes, dont les communautés locales, les vendeurs de produits agrochimiques, Ghana Rubber Estates Limited et le ministère de l'alimentation et de l'agriculture, afin de trouver des solutions à cette menace pour la santé publique et l'environnement. À la suite de ces échanges, il a été convenu que les communautés agricoles seraient dotées de poubelles pour les déchets de pesticides. Ensuite, des activités de sensibilisation seraient menées pour faire prendre conscience aux agriculteurs des impacts de ces produits agrochimiques sur l'environnement et leur santé. En conséquence, les agriculteurs ont accepté de déposer volontairement les récipients vides dans les bacs prévus à cet effet, qui seraient ensuite collectées par des agences de recyclage, qui verseront en retour de l’argent aux agriculteurs.


© ResouceTrust Network, 2019

Les communautés agricoles ont élu des représentants pour gérer trois bacs situés dans les communautés d'Adelazo, d'Akodee et de Nkwantanan. La réaction des communautés à ces bacs a été positive, ce qui a conduit à la construction de deux bacs supplémentaires dans les communautés de Sermowu et de Cape Three Point. En trois semaines, la communauté d'Adelazo a fait vider ses bacs et a reçu en échange 200 GHC (40 dollars US), qui ont servi à mobiliser les jeunes pour collecter les emballages agrochimiques dans les petites exploitations agricoles pendant les week-ends. "A partir du moment où RTN nous a parlé de l'effet néfaste de ces emballages, nous avons voulu nous en débarrasser, donc pouvoir le faire et donner à mon petit-fils un peu d'argent de poche pour qu'il ramasse les emballages vides dans ma plantation est une initiative à laquelle je suis très heureux de participer", dit Kwame Ndah, un petit exploitant agricole local.

Suite à cette initiative, l'équipe du projet a observé une réduction drastique des emballages de produits agrochimiques dans plusieurs plantations lors de sa visite. Cette intervention, ainsi que d'autres efforts de durabilité, ont réorienté les petits exploitants et les acteurs agricoles pour qu'ils prennent en compte la biodiversité et l'environnement dans leurs entreprises. "Les petits exploitants agricoles sont un maillon important pour les chaînes d'approvisionnement mondiales en produits de base, mais ils sont également un acteur important de la déforestation. Le projet vise à combler les lacunes opérationnelles des agriculteurs afin d'améliorer leurs moyens de subsistance et de garantir la pérennité des services écosystémiques. Nous sommes fiers que les résultats se manifestent comme prévu", conclut Joseph W. Osei, le directeur du RTN.