Africa

Expériences et initiatives des Donateurs face à la crise du COVID-19

En amont au soutien à la société civile pour préserver nos ressources naturelles et notre biodiversité uniques, les organisations donatrices ont ressenti l'impact de la pandémie COVID-19 et ont géré ces défis de manière flexible afin de continuer à soutenir le travail sur le terrain. Pour ce numéro, d'autres organisations soutenant la conservation de la biodiversité dans les régions d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale ont fourni un bref aperçu des approches stratégiques qu’elles ont adoptées.

"L'impact le plus perceptible sur notre travail a été l'impossibilité de mener des missions de supervision, de rencontrer nos partenaires pour des ateliers de formation ou les populations locales pour réaliser des actions de sensibilisation et des patrouilles de surveillance des espaces naturels. Dans les 19 pays où le Programme de Petites Initiatives (PPI) est mis en œuvre, nous avons constaté une tendance des habitants des grandes villes à retourner dans leurs villages (en raison du ralentissement de l'économie qui entraîne une baisse de leurs revenus), ce qui a eu pour effet d'augmenter la pression sur les ressources naturelles et les espèces déjà menacées, comme les grands singes et les tortues de mer. En outre, la diminution des sources de financement provenant des touristes étrangers a gravement affecté les activités de nos partenaires et en particulier la gestion des zones protégées.

Pour soutenir nos partenaires face à ces changements, nous avons lancé, pour la première fois dans l'histoire du PPI, un programme de subventions pour des actions rapides (RAG). En moins de 3 mois, nous avons pu être réactifs et avons sélectionné 6 demandes de subventions de 3 500 € pour une durée maximale de 6 mois. Le RAG permet actuellement de financer des actions concrètes et rapides telles que l'augmentation de la surveillance ou l'achat d'équipements essentiels."

– Paul Estève, Chargé de mission du Programme de Petites Initiatives / FFEM, Comité Français de l’UICN

"Le programme BIOPAMA a continué à fonctionner dans les 78 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, malgré la pandémie. Toutefois, de nombreuses activités ont été retardées, notamment celles qui impliquent des voyages. Dans les différentes régions du monde où nous travaillons, nous avons constaté une réduction significative des moyens de subsistance et de recettes des communautés locales, en raison du déclin du tourisme. Le tourisme a été la principale source de revenus pour la plupart des communautés vivant dans les zones protégées et aux alentours. Sans ces revenus, les communautés locales sont obligées de trouver d'autres sources de subsistance. La gestion de leurs zones protégées et la protection des espèces menacées contre l'augmentation prévue du braconnage, par exemple, deviennent une priorité secondaire.

En réponse à la pandémie, le programme BIOPAMA, avec le soutien de ses bailleurs de fonds (l'Union Européenne et l'Organisation des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique) a lancé un nouveau type de subvention appelé "Subvention de réponse rapide" qui n'était pas prévu initialement. Il vise à accroître la résilience des aires protégées et des moyens de subsistance des communautés locales face aux risques et aux difficultés de la pandémie du virus COVID-19. D'après l'expérience du mécanisme de subvention de BIOPAMA, les organisations locales en première ligne auraient besoin d'un soutien adapté non seulement pour faire face à la situation d'urgence mais aussi pour les activités de relance à moyen et long terme".

– Tanya Merceron, Coordinatrice du Programme BIOPAMA pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale, IUCN

"Comme dans beaucoup d'autres régions du monde, nos partenaires travaillant dans 7 pays d'Afrique de l'Ouest ont été durement affectés par les répercussions de la pandémie de COVID-19, les effets sociaux et médicaux tout autant que les restrictions imposées aux voyages, à certaines activités économiques et aux rassemblements sociaux et professionnels. Beaucoup de nos partenaires à la Fondation MAVA n'ont pas été en mesure de faire face à cette situation difficile pendant longtemps, ce qui montre l'importance des fonds de réserve pour les organisations, afin de les aider à traverser des moments délicats et inattendus. Certains d'entre eux ont changé leur stratégie d'intervention et ont proposé des approches plus créatives et plus durables, par exemple en mobilisant et en renforçant les capacités des communautés locales, afin de maintenir les activités de conservation clés sur le terrain. Même l'équipe de notre bureau en Afrique de l'Ouest a dû adopter certaines mesures, notamment le télétravail, l'arrêt de tous les déplacements et l'organisation des réunions de façon virtuelle.

Face à la pandémie et à ses conséquences, et comme beaucoup d'autres donateurs, la réponse de la Fondation MAVA pour soutenir nos partenaires s'est faite en 3 phases ;

(i) Répondre à la crise immédiate : nous avons mis en place dans tous nos programmes, des mécanismes de soutien supplémentaires pour nos partenaires, y compris des financements urgents pour couvrir les coûts imprévus ou les pertes de revenus, des forums de discussion pour l'apprentissage par les pairs sur les défis de leadership liés à la crise, une plus grande flexibilité pour certaines exigences en matière de subventions (comme le réajustement des dates limites de présentation des rapports ou la réaffectation des fonds des projets), et un soutien complémentaire sur des sujets spécifiques tels que la communication dans la crise, ou la planification face à l'incertitude. Notre priorité était de répondre aux besoins spécifiques de nos partenaires au cas par cas, et d'assurer le paiement continu des salaires pendant la crise.

(ii) Reconstruire pour durer : nous avons par exemple mis l'accent sur le soutien à nos partenaires pour qu'ils développent leurs compétences en matière de mobilisation de fonds grâce, entre autres, à un cours en ligne gratuit sur la collecte de fonds qui a commencé avant la crise, suivi d'un appel à propositions pour un soutien supplémentaire à la levée de fonds, afin de permettre à certains partenaires de travailler plus en profondeur sur leurs besoins en matière de recherche de financements. Nous avons également offert la possibilité de participer à une formation simple sur la planification de scénarios en période de COVID et nous poursuivons notre programme de soutien au développement organisationnel pour certains partenaires clés.

(iii) Redéfinir l'avenir : nous travaillons avec des partenaires et des bailleurs de fonds sélectionnés pour aider à garantir une meilleure intégration de la nature dans la relance post-COVID, en particulier dans le cadre de notre programme d'économie durable. Un appel à propositions spécifique a été lancé pour soutenir les activités qui renforcent la conservation de la nature dans la phase de rétablissement immédiat et dans la phase de (re)construction à moyen terme de la crise COVID, conformément à notre mission. En outre, nous étudions une approche visant à aider nos partenaires à identifier, dans le cadre des projets en cours, les possibilités d'influencer les investissements post-COVID et les décisions économiques dans les pays, afin de ne pas compromettre la conservation à long terme de la biodiversité et des ressources fondamentales.

Pendant cette crise, nous avons appris à mettre en pratique encore plus fortement l'une de nos valeurs essentielles, à savoir la flexibilité, afin de pouvoir prendre des décisions rapides, ajuster nos plans et faire preuve de créativité pour s'adapter au nouveau contexte. Cette crise a montré encore plus clairement l'importance d'investir dans la pérennité de nos partenaires, ce qui est et restera l'une de nos principales priorités jusqu’au terme des opérations de MAVA en 2023.

ꟷ Charlotte Karibuhoye, Directrice des Programmes de l’Afrique de l’Ouest, MAVA Foundation