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Cas Réussie d'un Programme de Subsistance Mené par des Femmes dans le Sud-est du Delta du Niger


© SWOVUGE

- Par Society for Women and vulnerable Groups Empowerment (SWOVUGE)

 

Dans la zone gouvernementale locale d'Ikot Abasi de l'État d'Akwa Ibom, au sud-est de la région du delta du Niger au Nigeria, se trouve un paysage unique de forêts de mangroves contiguës qui s’étend sur plus de 10 communautés avec une population estimée à 3 000 habitants dans le district d'Ukpom. Les principales activités économiques au sein de l'Ukpom sont l'agriculture, la vente de produits de la pêche, la vente commerciale de bois de charpente et de bois de chauffage, la production du vin et l'agriculture paysanne. Les mangroves sont parallèles à la côte contribuant ainsi à la protection des zones humides d'Ukpom. Cependant, le niveau élevé de malnutrition et de pauvreté parmi les habitants du district augmente la pression excessive sur les mangroves, ce qui se traduit par une diminution des ressources halieutiques et une érosion accrue, principalement en raison de l'exploitation abusive des ressources de la mangrove causée par une méconnaissance des enjeux de la conservation de la biodiversité.

De ce fait, une intervention urgente était nécessaire pour inverser cette tendance, et Society for Women and Vulnerable Groups Empowerment (SWOVUGE), grâce au soutien du Fonds de Partenariat pour les Ecosystèmes Critiques (CEPF), a su répondre à l’appel et remédié à la situation après l'inauguration officielle du projet de Restauration de Mangroves et de Plantation d'Arbres de la Communauté d'Ukpom. Le projet a été conçu avec 3 objectifs principaux, à savoir : (i) l'augmentation des connaissances/capacités des communautés en matière de gestion durable des forêts de mangrove; (ii) la réduction de la pression sur les forêts de mangrove par la création d'activités de subsistance alternatives pour 150 membres de la communauté (60 jeunes, 45 hommes et 45 femmes) portant sur l'aviculture, la culture d'arbres fruitiers et l'adoption de pratiques de conservation (récolte agro-forestière); et (iii) la restauration et de la protection de la mangrove dégradée dans la communauté d'Ukpom.

Le projet, qui a débuté en juin 2017, a ciblé 5 communautés : Eka Inwang, Nda Uko, Ikot Eteghe, Urua Essien Etuk et Ukpom okon. L'objectif de la composante "moyens de subsistance alternative" du projet était de créer une source de revenus pour les habitants de la communauté de manière à réduire la pression sur les mangroves déjà fortement dégradées. Les habitants de la communauté ont été formés à diverses techniques de subsistance, notamment l'aquaculture, l'élevage d'escargots et l'aviculture avec le lancement d’un projet pilote d'élevage de volaille avec les communautés d’Eka Inwang, d’Urua Essien Etuk et d’Ikot Eteghe. L'activité avicole a été préférée par ces communautés qui l'ont jugée plus lucrative dans l'État compte tenu de sa rentabilité, son faible entretien, sa forte demande et ses solides perspectives de durabilité. Suite à l'approbation de l'Equipe Régionale de Mise en œuvre (RIT), une formation de recyclage de 2 jours a été organisée pour les bénéficiaires et avec la coopération des membres des communautés. Trois élevages de volaille pilotes ont été créés dans la communauté d'Eka Inwang, suivis par les communautés d'Ikot Eteghe et d'Urua Essien Etuk. Cinquante oiseaux ont été stockés et gérés par le Comité de Gestion du Projet (CGP) à Eka Inwang et 25 oiseaux dans chacune des communautés d'Ikot Eteghe et d'Urua Essien Etuk pour deux cycles de 7 semaines par cycle.


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La plantation d'arbres a commencé le 27 juillet 2017 lors de l'inauguration du projet organisée à la Secondary Comprehensive School, Ukpom Okon, Ikot Abasi LGA. Un total de 5 000 plants de variétés améliorées de divers arbres fruitiers économiques, dont; 800 de goyave (Psidium guajava), 600 de palmiers à huile (Elaies guinensis), 400 de manguiers (Irvingia gabonensis), 200 d'oranges douces (Citrus spp), 200 de noyers africains (Coula edulis), 200 de corossols (Annona muricata), ainsi que 150 d'amandiers (Prunus dulcis) ont été achetés et plantés et certains ont été distribués gratuitement aux membres des 5 communautés bénéficiaires ; Eka Inwang, Urua Essien Etuk, Ikot Etenghe, Nda Uko et Ukpom Okon. Actuellement, un total de 4 600 nouveaux peuplements de ces espèces sont des vues communes dans les lieux publics (écoles, marchés, place de village) et dans les fermes individuelles. Avec plus de 140 peuplements de goyaves fructifères, un goyavier produisant en moyenne 25 fruits par cycle et comptant 3 cycles en 14 mois. Au total, 75 fruits ont été récoltés, répertoriés et vendus pour un goyavier à une moyenne de 150 Naira (environ 0,42 $). Assurant ainsi une source de nourriture, de revenus et de moyens de subsistance pour les communautés depuis ces deux dernières années.

L'aviculture est un autre aspect important de l'amélioration des moyens de subsistance. À cette fin, 50 bénéficiaires de 3 communautés (Eka Inwang, Ikot Etenghe et Urua Essien Etuk) ont été identifiés, sélectionnés et approuvés par les chefs de village en partenariat avec le CGP pour une formation sur l’élevage de volaille. L'achat de tous les équipements et articles nécessaires à l'élevage de la volaille a été effectué et 3 fermes pilotes de volaille ont été mises en place avec succès, avec 50 oiseaux à Eka Inwang et 25 oiseaux dans chacune des communautés d'Ikot Etenghe et d'Urua Essien Etuk, et gérées par le Chef du PMC et le Responsable de Liaison Communautaire (RLO) pour le projet, M. John Ewe, en collaboration avec les chefs des communautés. A ce jour, 2 élevages de volaille sont gérés avec succès dans deux communautés : Urua Essien Etuk et Ikot Etenghe.

Les oiseaux matures ont été vendus et les recettes réinvesties pour reconstituer les volées de poulets pour un autre cycle. Il est intéressant de noter que ces activités de subsistance pilotes sont d'une grande valeur aussi bien pour les hommes que les femmes et les jeunes des communautés bénéficiaires qui ont pu en outre renforcés leurs capacités à travers les programmes de formation et de recyclage. Les hommes, les femmes et les jeunes de la communauté d’Urua Essien Etuk ont adopté l'aviculture comme moyen de subsistance alternative privilégié.

Sur les ventes de 25 oiseaux du projet pilote, la communauté a obtenu un total de 37 500 Naira (environ 100 $) et a enregistré un bénéfice de 12 500 Naira (environ 35 $) dans les 7 semaines d'un cycle typique d'élevage de volaille. Par ailleurs, 13 sacs de fumier organique (fientes d’oiseaux) ont pu être collectés et vendus à des prix avantageux aux agriculteurs de la communauté pour augmenter le rendement des plantes à 500 Naira par un sac, engendrant un profit supplémentaire de 6 500 Naira (environ 20 $).

Selon les propres mots du chef de la communauté de Urua Essien Etuk, Chef Godwin Akpan, "ce projet nous a ouvert les yeux sur les avantages de la protection de nos mangroves ; hommes, femmes, garçons et filles peuvent maintenant gagner de l'argent de façon durable grâce à l’élevage de volaille et à la plantation de bons fruits".


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Le chef Godwin Akpan et tous les membres de la communauté d'Urua Essien Etuk sont très excités par les nouvelles connaissances acquises et ont pleinement accepté l'agroforesterie et l'aviculture comme une option de subsistance meilleure et plus saine. Au cours des 14 derniers mois, l'exploitation indifférenciée des mangroves dans la communauté a considérablement diminué.

Personnellement, je tiens à affirmer qu'il y a un changement positif en faveur de la conservation des ressources de la mangrove au sein de la communauté d'Ukpom avec la localité d’Urua Essien Etuk comme exemple où toute la communauté a joint ses efforts pour protéger une forêt de mangrove estimée à 15 hectares.

L'un de nos bénéficiaires, M. Akpan d'Ikot Eteghe, a déclaré : "Je suis heureux de dire que ce projet est venu dans mon village, nous plantons beaucoup d'arbres fruitiers sans que cela n'ait été un problème pour notre communauté".

Enseignements Acquis

Au cours de la mise en œuvre de cette subvention, des enseignements clés ont été dégagés tant au niveau de la conception que de la mise en œuvre du projet, comme suit ;

  • Les éléments relatifs aux moyens de subsistance alternative de tout projet devraient être planifiés, convenus et décidés conjointement par les bénéficiaires de subventions et toutes les parties prenantes afin de faciliter la mise en œuvre en temps voulu.

Lors de la conception du projet, SWOVUGE avait supposé que les membres de la communauté opteraient résolument pour des moyens de subsistance tels que l'aquaculture, l'élevage d'escargots et l'apiculture. La proposition initiale était basée sur ces activités et non sur l'aviculture comme l'ont finalement décidé toutes les communautés bénéficiaires. Ainsi, du temps et des ressources ont été initialement consacrés à 2 formations structurées en aquaculture, en élevage d'escargots et en apiculture pour les communautés bénéficiaires, qui ont par la suite rejeté catégoriquement cette option lors de la première visite du RIT. L'équipe SWOVUGE s'est ressaisie et a mené une autre phase de formation pour les communautés sur l'option de leur choix en matière de moyens de subsistance ; le succès de l'aviculture a été enregistré grâce à de grandes collaborations.

  • Les visites de terrain par la RIT devraient être plus régulières car elles sont très utiles au développement de réseaux et au renforcement des capacités des bénéficiaires de subventions, et à l’identification de lacunes et solutions pour y remédier.

Notre réussite dans tous les aspects et toutes les phases d’application de la subvention est liée à ce facteur. La capacité de l'équipe de SWOVUGE a été considérablement renforcée lors des 2 visites de terrain de la RIT sur nos sites d’intervention.

  • Tous les projets comprenant des activités de reforestation, en particulier dans le Hotspot du GFWA, devraient donner la priorité aux activités liées à la plantation d'arbres (économiques et fruitiers) avec un démarrage durant le premier trimestre d’exécution du projet.

Planifier les activités de plantation au début du projet permet d’augmenter le taux de survie des arbres plantés. En effet, cela permet d'améliorer le suivi de la croissance des arbres, leurs gestions et la fructification éventuelle de variétés améliorées pendant la période du projet. Ce projet a eu un grand impact sur les communautés, les écoles et les personnes qui ont bénéficié de la plantation d'arbres et de la distribution gratuite. Le fait qu'ils puissent cueillir et déguster les fruits d'un arbre que nous avons planté alors que le projet est toujours en cours, fut une grande source d'inspiration pour eux.