Africa

Améliorer les Moyens de Subsistance et la Conservation de la Biodiversité Autour de la Forêt de Kwabre-Tanoé


Tanoé River deliniating the Kwabre and Tanoe Forests © Sundia

- Par Noé

 

Regardez cette courte vidéo présentant le travail de Noé au Ghana et en Côte d'Ivoire ! pour en savoir plus sur la gouvernance communautaire des ressources naturelles au Ghana et découvrir comment la production d'huile de noix de coco biologique contribue à la conservation de la biodiversité et au développement économique des communautés locales.

Résumé

Les forêts sont cruciales non seulement pour la flore et la faune, mais aussi pour les populations rurales en permettant à de nombreuses personnes d'échapper à l'extrême pauvreté. En Afrique, 50 % des personnes défavorisées des zones rurales (<1,25 USD/jour) vivent dans ou à proximité des forêts. Les ménages ruraux vivant à proximité de zones forestières obtiennent jusqu'à 22 % de leurs revenus de ressources forestières, selon le Poverty and Environment Network (PEN). Toutefois, en Côte d'Ivoire et au Ghana, plus de 75 % de la superficie forestière a disparu au cours des 30 dernières années. Pour relever les défis de la perte de biodiversité due à l'exploitation illégale et non durable, il est essentiel de soutenir un modèle de développement qui combine développement économique et protection de la nature.

Au Ghana et en Côte d'Ivoire, Noé soutient un projet de développement de filières économiques pro-biodiversité, contribuant ainsi à la protection de la forêt communautaire transfrontalière de Kwabre-Tanoé. Cette forêt abrite une biodiversité exceptionnelle puisqu'elle est le dernier habitat du singe Roloway (Cercopithecus roloway), l'un des 25 primates les plus menacés du monde, ainsi que du mangabey à nuque blanche (Cercocebus lunulatus), et peut-être du colobe rouge de Miss Waldron (Piliocolobus waldronae) qui pourrait déjà être éteint à l'état sauvage.


Traditional gari processing, Dohouan community © Noe

Faute d'activités alternatives génératrices de revenus, les communautés locales ont du mal à gérer durablement leurs propres ressources naturelles, ce qui augmente leurs risques à la précarité. En réponse à une demande des communautés locales pour un soutien à la préservation de la forêt, WAPCA et CSRS soutiennent les organisations communautaires, la CREMA d'Ankasa-Tano au Ghana et la FAIVG en Côte d'Ivoire, pour gérer les ressources naturelles à l'intérieur et aux abords de la forêt.

Ce projet vise à démontrer que le développement de chaînes de valeur vertes durables et rentables au profit de la population locale est un moyen efficace de parvenir à une meilleure conservation de la biodiversité. La contribution du projet s'articule autour de quatre objectifs spécifiques. Ceux-ci comprennent le développement de chaînes de valeur durables et le renforcement des structures de gouvernance communautaires, notamment par la mise en place d'un Fonds de Conservation pour assurer leur autofinancement à moyen terme. En outre, le projet vise à assurer une meilleure conservation de la biodiversité transfrontalière en initiant la création de la première réserve transfrontalière gérée par la communauté avec les autorités Ghanéennes et Ivoiriennes ; en organisant des patrouilles forestières et en plantant des arbres pour délimiter la forêt. Enfin, le projet vise à renforcer les capacités de la société civile et à diffuser les expériences acquises dans le cadre du projet.

Le volet économique du projet vise à renforcer les chaînes de valeur de l'huile de coco, du cacao, du manioc et des produits forestiers non ligneux (PFNL) de la production au marché, en appliquant les meilleures pratiques internationales et les normes de durabilité. Ceci est rendu possible par l'amélioration des rendements des cultures et le maintien d'un écosystème sain grâce à des pratiques agricoles biologiques certifiées ; l'amélioration des revenus grâce à un prix de base minimum et une prime supplémentaire, des conditions de travail équitables et le respect des droits de l'homme ; la garantie d'un impact positif local à long terme grâce à la construction de centres de transformation appartenant à la communauté, l'établissement de partenariats avec le secteur privé et l'investissement dans des Fonds de Conservation, en plus de l'autonomisation des femmes par le renforcement des capacités et la formation de Coopératives.

Livrables et accomplissement du projet

En 2017, Noé, à travers son Programme Man and Nature a commencé à travailler en partenariat avec WAPCA et CSRS pour développer des chaînes de valeur spécifiques d'une manière équitable et inclusive, permettant la maximisation des revenus des populations.

Des entreprises privées et des experts en développement des chaînes de valeur ont été consultés pour évaluer les lacunes et les possibilités de développement des chaînes de valeur de l'huile de noix de coco biologique et du cacao au Ghana et des chaînes de valeur du manioc et des PFNL en Côte d'Ivoire. De plus, des partenariats ont été établis avec des entreprises privées, par exemple la Savannah Fruits Company (SFC) pour l'huile de noix de coco et Yayra Glover Ltd. (YGL) pour le cacao, afin de fournir un soutien technique, de renforcer et de certifier les chaînes de valeur biologiques et d'offrir un accès à un marché équitable.

Des coopératives d'agriculteurs et de transformateurs ont été créées et habilitées grâce à des formations et à la fourniture d'équipements pour améliorer les normes et les pratiques de production. Afin d'assurer un revenu décent aux agriculteurs, des contrats sont signés entre les entreprises privées et les producteurs, garantissant un prix supérieur à celui du marché.

Afin d'assurer la durabilité du projet et l'appropriation par la communauté locale, des centres de transformation communautaire d'huile de noix de coco vierge et de produits de manioc (comme le gari) sont construits et équipés avec du matériel adapté pour augmenter la production et ajouter de la valeur au produit brut. Un Fonds de Conservation a également été constitué, permettant aux producteurs et/ou aux entreprises privées de contribuer à une prime de Conservation, donnant à la communauté les moyens de mettre en œuvre des actions de conservation et de devenir financièrement autonome au-delà du projet.

Les résultats obtenus par le projet sur la composante économique depuis 2017 sont résumés ci-dessous;

Le projet a suscité de l'espoir au sein des communautés locales qui perçoivent les avantages tangibles qu'il leur apporte. "L'ouverture d'un centre de traitement de l'huile de noix de coco ici dans notre communauté réduira la pauvreté et fournira des emplois aux jeunes, permettant aux gens de travailler et d'obtenir de l'argent pour subvenir à leurs besoins et sortir de la pauvreté" a déclaré Rebecca Tanoe, membre du groupe de traitement de l'huile de noix de coco biologique, lors de la cérémonie d'ouverture du nouveau centre de traitement en mars 2020. De même, Frank Darko Kofi Alia, Chef d'Equipe de Patrouilles, atteste des avantages de l'Accord de Conservation signé entre la CREMA et la Savannah Fruits Company : "Pour chaque noix de coco achetée, nous recevons 1 pesewa supplémentaire qui est versé au Fonds de conservation de la CREMA. Ainsi, toutes les communautés qui sont impliquées reçoivent de l'argent pour protéger la forêt". En Côte d'Ivoire, un membre de la FAIVG dit : "Grâce à vous, nos femmes ne se fatiguent plus car un acheteur vient acheter leur gari ici même au village. Votre manioc est bon [pratiques biologiques utilisant une variété améliorée]. Tout le village veut produire du manioc biologique".


 Cassava cooperative, Dohouan community/First harvest from the demonstration plot © CSRS

Enseignements à retenir

Jusqu'à présent, le projet a obtenu des résultats remarquables, mais non sans difficultés, ce qui a permis d'apprendre, de s'adapter et de s'améliorer au fur et à mesure de notre progression. Parmi les leçons apprises, on peut citer l'importance du renforcement de la structure de gouvernance communautaire, qui a été l'un des points forts de ce projet. Toute entreprise de conservation et communautaire nécessite une structure de gouvernance solide, un développement des capacités, un partenariat solide et une appropriation par la communauté pour assurer sa durabilité.

Un autre facteur important qui a été à l'origine du succès est le soutien des filières économiques existantes qui sont connues ou cultivées par la population locale. Les partenariats avec le secteur privé ont été essentiels pour assurer un appui technique et faciliter l'accès au marché à long terme. Enfin, la participation des communautés locales, y compris les jeunes et les femmes, en plus du suivi constant des indicateurs et de la documentation de l'impact tout en tenant compte des retards et des contraintes budgétaires, est essentielle à la réussite de la mise en œuvre de projet.

En 2012, le singe Roloway (Cercopithecus roloway) a été vu pour la première fois dans la forêt de Kwabre-Tanoé. Seuls quelque 200 individus étaient connus à l'état sauvage, et on pensait que l'espèce avait complètement disparu de la forêt. Cette découverte, a insufflé un nouvel espoir pour le Roloway et à travers le soutien du CEPF depuis 2017, cet espoir s'accroît - les observations et les rapports de l'équipe de patrouille locale ont montré que leur nombre serait en augmentation pour la première fois depuis un certain temps. Bien que cette espèce figure toujours sur la liste des espèces menacées, le financement du CEPF est un pas dans la bonne direction et a considérablement renforcé les efforts de conservation, tout en apportant le développement indispensable d'activités économiques rentables et durables pour les communautés. Merci au CEPF, à l'AFD, à la Fondation Sofi Tucker, à Pachamamaï et à Ciel Azur pour soutenir ces résultats encourageants.

Apprenez-en plus sur le travail de Noé en lisant notre rapport sur le développement des filières économiques pro-biodiversité comme approche complémentaire et bénéfique à la stratégie de conservation des aires protégées en Afrique Centrale et de l'Ouest.