30 Apr 2018

Un hippopotame sur le territoire des oiseaux

Une balade bucolique prend l'allure d'un dangereux safari. Mais que fait cet hippopotame si proche des maisons et des hommes?

© ABN
By Blandine Mélis, BirdLife International Afrique & Eric Niyongabo, ABN

Comme chaque premier samedi du mois, les membres de l’Association Burundaise pour la protection de la Nature- ABN (Birdlife Burundi) se préparent pour leur promenade « découverte des oiseaux », la fameuse Naturewalk. Même si chacun rêve de découvrir un nouveau spécimen à plumes, ces moments partagés dans la Nature sont aussi l’occasion d’observer et de suivre l’état de l’environnement (pollution, dégradation des sites, glissement de terrain, braconnage…)

En ce matin du 03 mars 2018, la naturewalk a lieu dans la banlieue de Bujumbura au niveau des bassins d’épuration de Buterere où les rejets d’eaux usées sont à l’origine d’une abondante biodiversité : site d’excellence pour rencontrer les oiseaux qui viennent s’y nourrir. Alors que certains birdwatchers s’émerveillent à observer une espèce plutôt rare dans la zone, le Coucou jacobin (Clamator jacobinus), des cris d’enfants perturbent la concentration de nos ornithologues. « NON Imvubu irabarya!» qui signifie en kirundi «Stop, vous risquez d’être déchiquetés par un hippopotame!».

La surprise est grande et notre balade bucolique, pourtant soigneusement préparée par notre guide ornithologue Eric Niyongabo, prend l’allure d’un dangereux safari.

Seuls les habitants ne sont pas surpris

Mais que fait cet hippopotame dans les eaux de Buterere si proche des maisons et des hommes ? Seuls les habitants ne sont pas surpris, ces derniers temps, plusieurs cas d’hippopotames solitaires sont signalés dans les quartiers proches. Certains résidents affirment même avoir déjà vu cet animal « Il se laisse approcher par les enfants qui arrivent à le toucher. Même les veaux s’approchent imaginant retrouver leur mère» et pourtant avec un spécimen de ce gabarit, le risque est bien celui d’être écrasé et découpé en menus morceaux.

En général, ces animaux, aux défenses impressionnantes, se prélassent dans la rivière Rusizi par laquelle le lac Kivu se déverse dans le Tanganyika aux abords de la ville. Ce territoire, autrefois vierge, est aujourd’hui progressivement envahi par l’agriculture et de nombreuses constructions de toutes sortes. Effets pervers d’une démographie galopante et d’une expansion rapide de la capitale Burundaise.

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Les hippopotames vivent généralement en grand groupe dominé par un mâle polygame et irascible dont la protection des femelles et du territoire est un enjeu de taille. Certains mâles peu enthousiastes au combat ou violement soumis s’éloignent du troupeau et se retrouvent ainsi esseulés, écartés de toute relation « pachydermique ».

L’abondance de pousses verdoyantes à Buterere, la réduction du territoire sauvage et l’abandon du groupe sont autant de raisons qui amène notre colosse à perturber notre escapade naturaliste.

 

© ABN

 

Bien qu’il soit herbivore, cet animal compte parmi les espèces les plus dangereuses d’Afrique et la promiscuité hippopotame – homme est à l’origine de plus de trois cents victimes humaines par an. Même si l’hippopotame se voit accusé de violences, la communauté n’en est pas moins cruelle. En tuant les intrus, elle se charge elle-même de protéger la population riveraine, de préserver les champs et tire bénéfice de la vente de la viande prisée sur le marché.

Par prudence, nous rebroussons chemins à la fois impressionnés de découvrir cette créature sauvage et inquiets pour son avenir et celui de son espèce.

Rogner chaque fois un peu plus les derniers espaces sauvages n’est pas sans conséquence. Pour éviter ces rencontres conflictuelles, un premier pas serait que les hommes respectent strictement le code de l’Environnement en vigueur au Burundi qui stipule que rien ne peut être construit à moins de 150 mètres des berges du lac Tanganyika, 50 mètres pour les autres lacs et 25 mètres pour les rivières. Cependant, ces mesures devraient être complétées d’une législation efficace et appliquée, qui tienne compte notamment d’une approche appropriée et partagée dans l’utilisation des terres. Faute de quoi, les conflits Homme – Faune sauvage augmenteront inévitablement.