18 Jul 2018

Lutte contre la pauvreté rurale: des communautés sont responsabilisées pour la conservation de la réserve de montagne guinéenne

C’est un fait regrettable: les personnes vivant près des zones importantes pour la biodiversité sont souvent très pauvres et dépendent uniquement de l’exploitation des ressources naturelles pour leurs moyens d’existence. Actuellement, un projet vise à inverser cette tendance, permettant ainsi aux communautés d’améliorer leur sort en utilisant les ressources de façon durable.

Le crapaud vivipare du Mont Nimba en Afrique de l’ouest donne naissance à des jeunes formés ©  Sandberger-Loua L, Müller H, Rödel M-O
Le crapaud du Mont Nimba donne naissance à des jeunes formés © Sandberger-Loua L, Müller H, Rödel M-O
By Jude Fuhnwi

La chaîne du Mont Nimba en Afrique de l’Ouest est une zone géographique unique avec une diversité végétale et faunique exceptionnelle. Une grande partie de cette chaîne est protégée par une réserve transfrontalière qui renferme une chaîne de belles montagnes, une cinquantaine de sources, des sommets boisés denses et des pâturages de montagne herbeux aux niveaux inférieurs.

Cette réserve naturelle stricte fait également partie du patrimoine mondial de l’UNESCO et abrite une diversité remarquable d’habitats forestiers et de savane pour un nombre d’espèces endémiques à site unique telles que le crapaud vivipare du Mont Nimba en Afrique de l’ouest Nimbaphrynoides occidentalis, qui donne naissance à des jeunes formés et une population de rhinolophes. Mais le statut protégé du site est menacé.  

Le mont Nimba contient également certains des minéraux les plus précieux au monde, tels que le minerai de fer, et les forêts ont attiré des compagnies minières et forestières autour d’elles. La variété exceptionnellement riche des ressources naturelles signifie également que les communautés appauvries vivant à l’intérieur et autour de la chaîne du Nimba dépendent entièrement de ces ressources pour leurs moyens d’existence. La pression exercée par les populations voisines en expansion a exposé la faune à un braconnage très intense, ce qui fait craindre des dommages imminents sur les forêts naturelles qui couvrent les pentes du Nimba. L’exploitation non durable des ressources forestières à des fins de médecine traditionnelle et de défrichement par le feu pour l’agriculture portent également atteinte à l’intégrité de cette aire protégée. Ce site est l’un des neuf corridors prioritaires pour l’investissement du Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF) dans le hotspot de biodiversité des forêts guinéennes de l’Afrique de l’Ouest.     

 

Les forêts de mont Nimba ont attiré des compagnies minières et forestières © Guy Debonnet

 

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En Guinée,  un projet financé par le CEPF et mis en œuvre par l’Initiative de Base pour la Gestion des Ressources Naturelles (IBGRN), un groupe de la société civile locale, a aidé les communautés locales vivant à l’intérieur et autour du Mont Nimba à contribuer à la gestion durable de leurs ressources, les aidant ainsi à sortir de la pauvreté. Le projet est intitulé «Renforcer les capacités des communautés locales à gérer de façon durable les ressources naturelles du Mont Nimba.» Ce projet d’une durée de neuf mois a reçu un financement de 24 000 USD du CEPF par l’intermédiaire de BirdLife International pour établir un réseau plus efficace d’organisations communautaires et dirigées par les femmes qui travaillent aux environs du mont Nimba dans l’objectif de conserver ses ressources naturelles.  

 «Nous avons autonomisé ces communautés afin qu’elles puissent promouvoir une utilisation durable de ce paysage, en s’organisant en groupes communautaires qui peuvent mieux plaider en faveur d’une conservation durable qui améliore également leurs moyens d’existence», a déclaré Justin Bilivogui, Directeur du projet.  

Le projet a pris fin en février 2018 après un travail incroyable adapté au long terme. Il a directement soutenu la création et l’enregistrement officiel de sept groupes communautaires en tant qu’organisations de la société civile reconnues pour promouvoir l’utilisation durable des ressources naturelles et les initiatives de moyens d’existence alternatifs autour de la chaîne du Nimba. Cela comprend deux groupes communautaires dirigés par des jeunes, trois groupes dirigés par des femmes et deux réseaux de guérisseurs traditionnels et de chasseurs. Avec leur nouveau statut d’entités légales, il est attendu que ces groupes consentent également des efforts de plaidoyer au niveau local pour contribuer à la conservation de leurs sites.  

 

Le projet a soutenu la création et l’enregistrement officiel de sept groupes communautaires © IBGRN

 

Dans le cadre du projet financé par le CEPF, les membres de ces groupes ont bénéficié d’une série de formations en gestion de micro-projets, en gouvernance interne, en gestion financière, en marketing, en plaidoyer et en communication. Les différents groupes ont également reçu une formation sur la production et l’utilisation de fourneaux économes, les pratiques maraichères et d’élevage qui génèrent des profits plus élevés et réduisent l’impact négatif sur les ressources naturelles du mont Nimba. Au total, plus de 180 personnes ont directement bénéficié du projet, plus de la moitié d’entre eux étant des femmes. Ce développement des capacités de l’IBGRN permet de sauver non seulement les ressources naturelles du mont Nimba, mais également les familles qui dépendaient des pratiques agricoles indigènes depuis des années et qui ont vu leurs rendements augmenter considérablement quelques mois après avoir reçu une formation sur les pratiques améliorées. Cela signifie également des revenus accrus.  

« Je suis enthousiasmé par ce projet du CEPF dans notre communauté. Avant leur intervention, nous étions regroupés dans la forêt protégée pour notre pain quotidien. Mais grâce à leur formation, nous pouvons nous adonner à des activités lucratives pour nous permettre de protéger notre environnement », a déclaré Siaka Saolomou, membre du groupe des jeunes TINAME.   

« Nous avons appris comment établir et gérer un jardin fruitier ».

À Bossou, l’une des communautés où le projet a été mis en œuvre, quelques agriculteurs ont commencé à profiter des avantages de leurs nouvelles compétences agricoles acquises au cours des formations. Leurs jardins sont florissants et certains d’entre eux ont commencé à récolter des fruits.

« Nous avons appris comment établir et gérer un jardin fruitier. Le personnel de l’IBGRN m’a donné des conseils sur la façon de réussir la culture de fruits tels que l’ananas », a expliqué Janette Niamey du groupe Dakieba. Elle a également fait des commentaires constructifs pour le projet, mentionnant que la fourniture de matériel agricole ou de semences, en plus de la formation, contribuerait à améliorer davantage leurs moyens d’existence. 

L’IBGRN développera l’avenir de cet investissement dans les communautés sur la base des leçons tirées des neuf mois de mise en œuvre. Cela implique de s’assurer que les projets de développement opérant dans les communautés sont de plus en plus impliqués dans ces initiatives de conservation, et de rassembler des groupes sociaux clés dont les activités détruisent les forêts tels que les chasseurs et les guérisseurs traditionnels afin de travailler ensemble.


Au niveau du Hotspot des Forêts guinéennes de l’Afrique e l’ouest, le CEPF a confié à BirdLife International la responsabilité d’être l’équipe régionale spéciale de mise en œuvre (RIT-en anglais) pour assurer le leadership stratégique de l’investissement du CEPF dans les Forêts guinéennes de l’Afrique de l’ouest (GFWA) de l’abréviation en anglais du Hotspot.

Le CEPF est une initiative conjointe de l’Agence française de développement, de Conservation International, de l’Union européenne, du Fonds pour l’environnement mondial, du Gouvernement du Japon, de la Fondation MacArthur et de la Banque mondiale, avec pour objectif d base d’assurer que la société civile est engagée dans la conservation de la biodiversité.