17 Jun 2019

La forêt algérienne réinscrite en Parc National après une histoire mouvementée

La forêt de Djebel Babor dans le nord de l'Algérie était un Parc National pendant 60 ans avant d'être dépouillée de son statut. Maintenant, malgré les bouleversements politiques, le travail acharné des défenseurs de l'environnement a de nouveau porté ses fruits.

Le Macaque de Barbarie s’accroche à une poignée de forêts fragmentées en Afrique du Nord © Kamil Laghjichi
Le Macaque de Barbarie s’accroche à une poignée de forêts fragmentées en Afrique du Nord © Kamil Laghjichi
By Jessica Law

La végétation luxuriante de la forêt de Djebel Babor recouvre la chaîne des Monts d’Atlas. En vous promenant parmi des arbres endémiques comme le Sapin d’Algérie, vous remarquerez peut-être une troupe de Macaques de Barbarie se promenant avec leurs petits accrochés à leur fourrure. Ce singe en voie d'extinction est le seul primate d'Europe et le seul macaque trouvé en dehors de l'Asie. Désormais, l’espèce s’accroche à une poignée de forêts fragmentées en Afrique du Nord. Allez un peu plus loin et vous entendrez peut-être l'appel de la Sittelle kabyle Sitta ledanti, espèce également en voie de disparition et seule Sittelle du pays. Cet oiseau chanteur est limité à cinq sites de reproduction dont la forêt de Djebel Babor.

Vous avez peut-être été choqué d'apprendre que pendant de nombreuses années, cet habitat précieux n'avait aucune protection officielle. La forêt de Djebel Babor a été classée Parc National en 1921, mais une décennie plus tard, la taille du parc a été considérablement réduite. Puis en 1985, il a été déclassifié. Heureusement, cette année, tout cela a changé le 28 mai, lorsque nous avons appris qu'après des années de plaidoyer de la part d'organisations de protection de la nature, le gouvernement algérien avait officiellement déclaré le site comme étant de nouveau protégé.

La lutte pour obtenir la protection de ce site n’a pas été facile. Tout a commencé en 2013, lorsque des organisations dirigées par le groupe de conservation algérien AREA-ED et soutenu par le Programme méditerranéen du CEPF * se sont réunies afin de protéger la forêt contre les incendies, l'exploitation forestière illégale et le surpâturage qui menaçaient de causer des dommages irréversibles. Des experts ont mené des enquêtes scientifiques qui ont révélé que la zone était encore plus importante sur le plan écologique que nous le pensions, hébergeant d'importants sites de nidification pour les rapaces et présentant 32 ​​espèces d'oiseaux protégées par la loi. L'une des solutions principales a été d’établir une "zone tampon" de réduction de l'utilisation des terres autour du parc afin d’empêcher l'agriculture et d'autres activités humaines d'empiéter sur la forêt.

Les familles d'agriculteurs traditionnellement font brouter le bétail autour de la forêt. © Ssr85

Même si cette proposition est une bonne idée sur papier, il était important que les populations locales comprennent également l'idée de cette zone tampon et l'acceptent. AREA-ED a donc organisé des ateliers avec les communautés locales, y compris les familles d’agriculteurs qui, traditionnellement, font brouter leur bétail autour de la forêt. Ici, les citoyens ont pu exprimer leurs préoccupations et se mettre d'accord sur des solutions permettant aux personnes et à la nature de vivre en harmonie. AREA-ED a également lancé une campagne d’éducation dans les moyennes et petites écoles locales, en veillant à ce que tout le monde comprenne l’importance de la forêt et ce qui en découle. La population locale a répondu avec un soutien fulgurant.

Malgré cette étape de préparation minutieuse, la classification du site en tant qu'aire protégée a été un parcours difficile. Cela a été particulièrement difficile pour la forêt de Djebel Babor qui avait été utilisée par les terroristes lors des conflits en Algérie. En fin de compte, le fait qu'une nouvelle zone protégée puisse aider l'Algérie à atteindre les objectifs d'Aichi pour la biodiversité était un facteur important pour encourager le ministère de l'Agriculture et de l'Environnement à accepter la proposition.

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Alors qu'est-ce qui se passe maintenant? Le statut de Parc National générera de meilleurs investissements et une meilleure protection de la forêt et des espèces menacées d’extinction qui y habitent. Cela permettra également à AREA-ED de travailler plus étroitement avec les populations locales sur des projets d’agriculture durable, par exemple sur des thématiques telles que le pâturage traditionnel dans les alpages. L'écotourisme est une autre possibilité intéressante qui fournira aux populations locales des moyens de subsistance qui n'empièteront pas sur les ressources précieuses de la forêt. La forêt de Djebel Babor sera l'une des premières forêts d'Algérie à être gérée au sein d’une vision globale plutôt que de manière isolée. De cette manière, il représentera à l’avenir un modèle pour des projets similaires.

Avant tout, nous espérons que devenir un Parc National sera le dernier chapitre triomphant de l'histoire mouvementée de cette forêt.


*Avec le soutien du programme méditerranéen du Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF), l'Association de Réflexion, d'Echanges et d'Actions pour l'Environnement et le Développement (AREA-ED) qui ont travaillé en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique d'Algérie et la Direction Générale des Forêts (DGF) afin de sécuriser le statut d’aire protégée de la forêt de Djebel Babor.

www.birdlife.org/cepf-med

 

Le Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF) est une initiative conjointe de l’Agence Française de Développement (AFD), de Conservation International (CI), de l’Union Européenne, du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), du gouvernement japonais, et de la Banque mondiale. 
L’un de ses objectifs fondamentaux est que la société civile s’engage dans la conservation de la biodiversité.
 
 
Le CEPF, c’est bien plus qu’un simple financeur :
Une équipe de mise en œuvre régionale (RIT) dévouée (coordinateurs experts de terrain) permettant de financer de toutes petites organisations sur les régions les plus importantes, d’aider à la construction de la société civile et de partager les leçons apprises et les meilleures pratiques. Dans le hotspot du bassin méditerranéen, le RIT est confié à BirdLife International et à ses représentants nationaux, la LPO et DOPPS.