25 Jan 2018

Découverte de nouveaux sites de reproduction importants pour une espèce d’ibis mythique au Maroc

Elle a eu une histoire dramatique et a été presque perdue à l’extinction. Maintenant, cet oiseau en danger critique revient de force avec un succès reproducteur record au Maroc en 2017.

L'Ibis Chauve © Vincent Legrand/Agami
L'Ibis Chauve © Vincent Legrand/Agami
By Shaun Hurrell

À la fin de la journée, une lumière orange reflétée par l’Atlantique semblait adoucir la texture des falaises marocaines tellement qu’on aurait pu les écrouler sous nos doigts. Les oiseaux étaient là, perchés sur quelques corniches en pente de grès : une colonie entière d'environ 20 individus s'installant pour la nuit, des bruissements et leurs cris perçants entendus par-dessus les vagues. Les oiseaux habitent souvent des endroits précaires, et malgré le fait que les falaises de Tamri soient très solides et ne s’effritent pas facilement, en connaissant le statut de conservation de cette espèce en danger critique d’extinction, on ne peut pas s’empêcher de se sentir inquiet pour l’avenir de ces créatures noires et iridescentes.

Tout au long de l'histoire, l'Ibis Chauve Geronticus eremita a eu des relations tumultueuses avec l’homme. Cet oiseau chauve mythique avec une crête punk avait autrefois une large répartition qui s'étendait à travers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l'Europe, et a été idolâtré par l’homme comme symbole de fertilité et de vertu, et même momifié pour accompagner la royauté égyptienne vers l’au-delà.

Aujourd'hui, presque tous les oiseaux sauvages restants ne vivent qu’au Maroc

En effet, l’ibis a perdu ses zones d'alimentation en raison des changements d'utilisation des terres, ses sites de nidification à cause de la construction. Il a été empoisonné par des pesticides, chassé, persécuté, collecté pour les musées. En conséquent, à la fin du 20ème siècle, il n'y avait plus que 59 couples reproducteurs. Aujourd'hui, presque tous les oiseaux sauvages restants sont inféodés au Maroc.

Un habitant s'approche avec une casquette GREPOM (BirdLife au Maroc) pour observer la colonie, etant arrivé sur une moto au moment exact où le troupeau a atterri. Il est gardien avec le parc national de Souss-Massa. Il est chargé de garder le site de nidification, ainsi que  de gardiennage et d’empêcher la perturbation la colonie d’ibis chauve. Il fournit également de l'eau potable et surveille toutes les menaces.

Ce sont des oiseaux sociaux, facilement effrayés, donc ce travail de garde a vraiment aidé à sauvegarder la population mondiale d'Ibis chauves sauvages ces dernières années, qui a atteint 600 individus pour la première fois dans son histoire moderne. Grâce à l'engagement durable de BirdLife, et récemment, de GREPOM et du gouvernement marocain, les colonies du parc national de Souss-Massa et de Tamri ont été protégées. Le GREPOM a également entrepris un travail de sensibilisation du public pour aider à comprendre le statut d'une espèce aussi importante et menacée.

 

Observateur GREPOM, Maroc © Louis Marie Préau

 

«Grâce à la coopération entre BirdLife et le gouvernement marocain, les colonies ont commencé à être encombrées», déclare Chris Bowden, coordinateur de l'AEWA pour l'espèce au nom de BirdLife. "Peut-être qu’une nouvelle colonie se formera au long de cette côte." Quelque chose que chaque conservateur serait ravi de dire. Mais ne comptez pas vos colonies avant l'éclosion. Avec une meilleure protection officielle encore nécessaire pour la colonie de Tamri, par exemple, rien ne peut être certain pour une espèce inscrite dans la catégorie la plus élevée de la Liste rouge depuis plus de 30 ans.

«Nous avons trouvé ce que nous attendions : une nouvelle colonie !», A déclaré Halima Bousadik, du GREPOM, qui a co-écrit la publication annonçant les nouvelles bien reçues. Pendant la saison de reproduction de 2017, deux nouveaux sites de reproduction ont été découverts sur deux falaises côtières distinctes au nord de Tamri, avec des adultes incubant au moins trois nids actifs confirmés et totalisant 122 couples reproducteurs sauvages, un chiffre record.

« L'importance de cette nouvelle est que, avec une augmentation constante de la population, les ibis chauves quittent maintenant leur ‘zone de confort’ des sites gardés, ce qui nous donne beaucoup d'espoir pour des découvertes similaires », a déclaré Jorge F. Orueta, SEO / BirdLife (BirdLife en Espagne), qui travaille sur l'espèce depuis 2000. « Nous devons maintenant prospecter tous les sites appropriés dans la région, et mettre en place un programme de suivi GPS pour comprendre leurs déplacement. »

 

GREPOM et SEO libèrent un jeune Ibis Chauve, © Víctor G. Matarranz

 

Une histoire d'Orient et d'Occident

 

Les oiseaux sauvages marocains sont ceux qui restent d'une population occidentale qui avait l'habitude de se déplacer dans tout le nord-ouest de l'Afrique, mais sont maintenant limités à se déplacer localement. Cette année, un troupeau de 11 à 15 ibis a également été observé à la limite nord de l'aire de reproduction connue. Mais qu'en est-il de la population orientale historique?

Une colonie de reproduction semi-sauvage mais substantielle existe toujours à Birecik, en Turquie. C'est une emprise, parce que les oiseaux doivent être complètement libérés pour que leurs habitudes migratoires soient rétablies, mais au début de l'hiver, une équipe dirigée par le gouvernement turc doit les mettre en captivité sinon ils voleraient vers des balles  en Syrie ou seraient soumis à la chasse illégale plus au sud en Arabie. Lorsqu'ils sont libres d’errer en été, ces oiseaux font face à des menaces de perturbation, d'électrocution ou de collision avec des lignes électriques.

Le conflit syrien a ajouté des complications, en augmentant le dérangement et la possibilité de persécution, ainsi que le nombre de réfugiés dans la régionde Birecik (plus de 400 000 dans la province d'Urfa actuellement) qui ont occupé des zones utilisées précédemment par les ibis.

Cependant, un réfugié syrien, un ex-gardien d’une colonie de Ibis chauve en Syrie, a rejoint Doğa Derneği (BirdLife en Turquie), où sa situation unique pourrait être la clé pour protéger ces ibis de nouveau.  Avec des programmes de conservation pour contrôler les menaces et rendre les oiseaux à l'état sauvage, il n'y a aucune raison pour que cette population de l'Est ne puisse pas être libre - en espérant qu’elle se souvienne de leur route de migration vers l'Ethiopie. Malheureusement, pour cette poignée d'oiseaux syriens, dont seulement une femelle, qui sont restés en captivité à Palmyre, la faible lueur d'espoir pour eux est certainement éteinte.

Ailleurs, dans les Alpes autrichiennes et dans le sud de l'Espagne, deux programmes de réintroduction distincts ont permis de libérer des quantités importantes d’individus élevés en captivité dans l'espoir de rétablir l’espèce en Europe.

 

Avec de nouvelles colonies et un effort international, c'est une nouvelle phase pour la conservation de l'espèce qui s’annonce

Alors que tous les ibis chauves sauvages se trouvent probablement au Maroc, la conservation de l'espèce redevient un effort international. L'espoir est loin d'être perdu pour la population turque, et de nombreux pays se joignent à l’initiative sur l'ensemble de l'aire historique, avec un soutien financier et technique, via SEO / BirdLife, RSPB (BirdLife au Royaume-Uni), SVS-BirdLife Suisse et VBN (BirdLife aux Pays-Bas). Le travail est réalisé au Maroc avec le Haut-Commissariat des Eau et Forêts et Lutte Contre la Désertification.

Le Groupe de travail international sur les ibis chauves vient de tenir sa deuxième réunion, dans le cadre de l'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie (AEWA). Tenu dans le parc national de Sous Massa, les spécialistes participants de tous les territoires de l’ibis sont maintenant équipés d'un plan d'action international unique mis à jour pour poursuivre la croissance.

En quittant les falaises de Tamri, il semble que ceux qui souhaitent qualifier l'Ibis chauve de «laid» n'ont pas vu d'oiseaux en bonne santé dans son habitat naturel ; ils n’ont pas vu la lumière verte scintillant contre leurs magnifiques flancs noirs. Avec l'annonce de nouvelles colonies et une nouvelle phase de conservation de l'ibis, peut-être l'histoire se répétera-t-elle et l'ibis chauve sera à nouveau idolâtré en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Europe.

 

L'Ibis Chauve, parc national de Souss-Massa © Brian Stone (tnstours.co.uk) 

Ce reportage vous est présenté par « BirdLife Preventing Extinctions Programme".
 

Le succès de BirdLife dans le rétablissement de l'Ibis chauve à l'échelle internationale est financé depuis 2009 par la Fondation Prince Albert II de Monaco et le Critical Ecosystem Partnership Fund. En 2017, Zeiss est devenu Champion des espèces BirdLife pour l'Ibis chauve à côtés de Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco.