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Pacific
13 Apr 2017

La recherche du seul perroquet alpin (et carnivore) au monde

On doit être ingénieux pour attraper un nestor kéa dans la nature. Kimberley Collins raconte comment elle a passé des jours à rechercher le seul perroquet alpin au monde dans le parc national Nelson Lakes, en Nouvelle-Zélande.

Un nestor kéa © Dave Buckton
Un nestor kéa © Dave Buckton
By Kimberley Collins, Forest & Bird

Kimberley Collins, membre de l'équipe de Forest & Bird (BirdLife en Nouvelle Zélande), raconte comment elle a passé des jours à rechercher le seul perroquet alpin au monde dans le parc national Nelson Lakes, en Nouvelle-Zélande.

Alors que je regardais le sommet de 1300 mètres qui dressait devant moi, j’ai regretté de ne pas m’être préparée mentalement à cette longue et difficile escalade. Je venais d'arriver dans la vallée du Haut-Wairau avec l'équipe du Ministère de la Conservation travaillant sur le kéa. Nous nous dirigions vers la chaîne de montagne de St Arnaud à la recherche du kéa et de leurs nids. Parce que le nestor kéa Nestor notabilis est le seul perroquet vraiment alpin au monde, j'aurais dû savoir qu'il y aurait une ou deux collines à grimper.

Corey Mosen et Sarah Fisher travaillent sur les kéas pendant leur saison de reproduction, qui commence en août et dure jusqu'en décembre. Ils recherchent des adultes équipés d’émetteurs radios qui présentent des signes de nidification et visitent les sites qu'ils ont trouvés au cours des années précédentes pour savoir si les oiseaux les utilisent.

« L'objectif est de surveiller les œufs, les poussins et les nids pour voir si un nouveau kéa autonome est ajouté à la population à la fin de la saison de reproduction », explique Mosen.

Le kéa fait son nid au sol dans des grottes naturelles et des cavités dans la roche, ainsi que dans les creux et les racines des grands arbres. Cela les rend vulnérables à la prédation par les mammifères introduits. Des hermines peuvent tuer les femelles adultes et les poussins, tandis que les rats et les opossums les harcèlent dans le nid et mangent leurs œufs.

À bout de souffle, je montais la pente raide et Mosen m’a expliqué (sans perdre son souffle) qu'il faut environ quatre mois pour qu'un œuf kéa éclose et devienne indépendant.

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« Ils sont vulnérables pendant une longue période et c'est pourquoi les deux tiers des poussins de kéa n’arrivent jamais à l’étape de leur envol. Une fois que les poussins sont hors du nid et capables de se débrouiller par eux-mêmes, leurs taux de survie sont bons - de sorte que notre équipe se concentre sur la réussite des poussins », explique Mosen.

Après avoir grimpé la montagne et au pied d'une falaise, nous sommes arrivés au site de nidification suspecté. Un petit chemin de moins d'un mètre de large qui traversait la forêt, avec le vide d'un côté et une falaise élevée de l'autre. Une grande roche couverte de mousse faisait une saillie dans le flan de la montagne, avec un mince espace en-dessous. C’était là, Mosen a souligné, où nous pourrions trouver un kéa.

Nous avons déchargé nos sacs à dos et posé le matériel soigneusement sur le sol pour voir si quelqu'un était ‘à la maison’. Je tenais la torche tandis que Mosen enfonçait son ‘bidule à trouver des kéas’, une caméra attachée à un bâton de balai. Niché profondément sous la roche, il y avait un oiseau adulte avec deux poussins récemment éclos et un œuf. Il était hors de question de perturber la femelle avec de si jeunes poussins, alors nous avons commencé à remballer notre équipement. Mais tandis qu’on rangeait nos sacs et qu’on se préparait à partir, un bruissement dans les hêtres au-dessus a attiré notre attention. Assis au-dessus de nous, avec des gouttes de pluie jaillissant de ses plumes vertes profondes, se tenait un autre kéa - un mâle sans bague.

Mosen bondit dans l’action, jeta son sac et le fouilla pour sortir son kit de baguage. Il a mis un filet en-face de la fissure et plaça son téléphone portable, qui jouait le long appel d'un kéa, au milieu de celui-ci. Le mâle tourna son attention rapidement sur le chant, voletant vers le bas du grand arbre pour se poser au sommet la saillie rocheuse pendant quelques minutes avant de se poser sur le téléphone pour enquêter. Et, c’est comme ça que nous l’avons attrapé. Mosen a soigneusement décroché le filet de ses pieds tout en le tenant bien. Il m'a demandé si j'avais déjà tenu un kéa avant. Je murmurai que j'avais déjà tenu un nestor superbe (Kākā en maori) une fois, et il m’a répondu en disant «presque la même chose» avant d'expliquer comment le tenir d'une main autour de l'arrière du bec et l'autre agrippant ses pattes.

Au fur et à mesure que son bec se rapprochait de mes doigts, mon cœur s’emballait, mais je respirais profondément et le serrais avec force alors que Mosen fouillait dans sa trousse de baguage. L’opération fût terminé en un éclair - il a mis les bagues, mesuré le bec et la tête de l'oiseau, l'a pesé et pris un échantillon de sang. Ensuite, nous avons laissé le kéa partir et l'avons regardé détaler le long du chemin, sautant finalement dans un arbre voisin où il ébouriffa ses plumes d'une manière mécontente.

Etre si près de l'un des oiseaux les plus connus et les plus charismatiques de la Nouvelle-Zélande a été révélateur pour moi. Non seulement parce que j'ai vu de première main à quel point le personnel du ministère de la conservation travaille pour les protéger, mais parce que j'ai appris combien leur population s’est effondrée ces dernières années.

Jadis, on dénombrait les kéas par centaines de milliers. Mais aujourd’hui, les kéas sont en difficulté, il ne reste qu’environ 1000-5000 oiseaux. Connaitre l’estimation exacte de leur nombre en Nouvelle-Zélande est un défi. Comme je venais de le découvrir, ils couvrent d'énormes zones de terrain accidenté difficiles à accéder, et leur nature solitaire en tant qu'adultes signifie qu’on ne peut trouver qu'un ou deux oiseaux dans un seul voyage de suivi.

Kéas en difficulté
Les kéas ont été décimés de 1860 à 1970 lorsque plus de 150.000 oiseaux ont été tués dans le cadre d'un programme de primes mené par le gouvernement néo-zélandais pour empêcher les oiseaux de picorer la graisse sur le dos des moutons. Les kéas sont connues pour leur intelligence et leur nature curieuse, mais leur tendance carnivore les a mis en difficulté.

Quand ils fréquentent des zones peuplées, comme le village du col d’Arthur, ils se retrouvent frappés par des voitures, coincés dans des objets artificiels et deviennent malades après avoir mangé de la nourriture humaine, souvent offerte par des personnes qui veulent se rapprocher d’un des oiseaux les plus connus de la Nouvelle Zélande.

« Une fois, j'étais au col d’Arthur et j'ai vu un kéa au-dessus d’une benne à ordures, avec un air un peu frénétique. J’ai pensé ‘’qu'est-ce qui se passe ici?’’. Alors j'ai ouvert la poubelle et son compagnon était allé à la recherche de nourriture, mais quelqu'un avait dû refermer le couvercle. Il allait bien, mais c'est un bon exemple du genre de problèmes auxquels ils peuvent être confronté », explique Mosen.

L'empoisonnement au plomb provoque également des problèmes pour certaines populations de kéa, car ils lèchent et mâchent les installations en plomb des maisons et cabanes. L’intoxication déprime leur système immunitaire, nuit à leur développement et abaisse leur fonction cognitive.

 

* La version originale de cette histoire est apparue dans le magazine de Forest & Bird

Pour en savoir plus sur Forest & Bird, notre Partenaire BirdLife en Nouvelle Zelande, visitez www.forestandbird.org.nz

Traduit par Irene Lorenzo et révisé par Anne-Laure Brochet, BirdLife International.