Africa
5 Jun 2017

Une lueur d’espoir pour le Gorille de la Rivière Cross en danger dans la Forêt de l’Afrique de l’ouest

Le Gorille de la Rivière Cross est une espèce rare et iconeuse © WCS
Le Gorille de la Rivière Cross est une espèce rare et iconeuse © WCS
By Jude Fuhnwi

Avec environ seulement 300 individus restant dans la nature, les conservateurs ont exprimé leur préoccupation quant au fait que le gorille de la Rivière Cross déjà en danger, pourrait disparaitre si tout le monde ne s’unit pas pour protéger l’espèce qui se trouve uniquement dans la région frontalière commune au Nigéria et au Cameroun, dans les forêts guinéennes de la zone critique de l’Afrique de l’ouest.

« Au nombre des espèces rares et emblématiques que nous devons tout faire pour protéger, il y a le Gorille de la Rivière Cross. Je n’aimerais pas que l’on raconte des fables à mes petits-enfants concernant le Gorille de la Rivière Cross », a déclaré Ruth Akagu, Chargée de projet  de l’équipe régionale de mise en œuvre (RIT) du Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF)/BirdLife dans la zone critique de biodiversité de l’Afrique de l’ouest.

Le Gorille de la Rivière Cross, Gorilla gorilla diehli, est le grand singe africain le plus menacé et figurait sur la liste des espèces gravement menacées d’extinction en 2013 par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). L’espèce a été sous pression en raison du braconnage et de la perte d’habitat causée par l’empiètement des humains; cela a entrainé la fragmentation des forêts, réduit la connectivité entre les divers sites et isolé l’espèce, réduisant ainsi le flux génétique.

Selon les experts, le Gorille de la Rivière Cross est une sous-espèce unique et la forme de gorille la plus occidentale et nordique. Les Gorilles de la Rivière Cross ont un style de vie plus terrestre et diffèrent d’autres gorilles des plaines dans leur apparence physique, leur alimentation et leur culture.

« D’après les estimations, moins de 300 individus survivent dans environ neuf sites éparpillés sur une zone d’environ 12 000 km2 » selon un plan d’action régional révisé pour la conservation du Gorille de la Rivière Cross préparé par les agences locales et internationales de conservation des forêts et de la faune sauvage, sous l’impulsion de la Wildlife Conservation Society du Nigéria.

Une vue sur la forêt de Mbe dans la région de Cross River © WCS

Cette région frontalière où est présent le Gorille de la Rivière Cross est une zone critique de biodiversité d’importance mondiale en Afrique de l’ouest, et requiert des efforts conjugués pour préserver cette espèce ‘phare’ et d’autres espèces sauvage qui sont sous pression dans la zone critique. La région de la Rivière Cross abrite le Gorille de la Rivière Cross et d’autres espèces de primates et d’espèces endémiques telles que le Cercopithèque de Preuss, les éléphants de forêt, le buffle de forêt, le chimpanzé du Nigéria-Cameroun, plusieurs espèces de céphalophes et 26 oiseaux endémiques, entre autres. Plusieurs sections de cette région ont également été désignées comme zones importantes pour la conservation des oiseaux par BirdLife International.

Un nouvel espoir pour le Gorille de la Rivière Cross

Une grande partie de cette forêt pluviale qui abrite le Gorille de la Rivière Cross et d’autres espèces de la faune sauvage en danger, a failli être détruite pour faire place à des constructions, mais a été sauvée de justesse par l’intervention de groupes de conservation, y compris un plaidoyer substantiel par BirdLife International. Un projet pour la construction d’une autoroute à six voix long de 260 kilomètres proposé par le Gouvernement nigérian et prévu traverser le centre du Parc national de Cross River dans l’est du pays, s’est heurté à la résistance et au plaidoyer intense d’organisations actives dans la conservation des ressources naturelles et de la faune sauvage, représentées par la Wildlife Conservation Society.

« Collaborer avec toutes les parties prenantes pour protéger et préserver cette espèce est un devoir » a souligné Mme Akagu.
En réponse aux préoccupations des groupes de conservation, les représentants du gouvernement nigérian ont donc modifié la trajectoire de ce projet d’autoroute, la déplaçant vers l’ouest, loin du centre du parc, afin d’en atténuer les effets dévastateurs sur le Gorille de la Rivière Cross, et sur d’autres espèces sauvages et les communautés locales dans la zone.

« J’étais quelque peu soulagée que le gouvernement ait écouté nos conseils et dévié l’autoroute. Cela montre que le développement et la conservation travaillent bien ensemble pour le bien de tous lorsque nous communiquons et partageons les informations vitales pour le développement  durable » a ajouté Mme Akagu.

La chasse et la vente de la viande de brousse, souvent causées par la pauvreté, demeurent une menace importante pour la survie du Gorille de la Rivière Cross. Le commerce illicite des animaux apprivoisés et l’absence d’un système règlementé d’application de la loi ont également été identifiés comme des menaces importantes. Dans un rapport récent (Stiles et al. 2013), le Nigéria a été identifié comme point central pour le commerce de singe et a été, par le passé, le focus de cas de contrebande de singes qui ont fait beaucoup de bruit.

Dans le nord du parcours de la Rivière Cross, l’essentiel de la forêt de montagne qui abritait probablement les gorilles par le passé, a été perdu à l’agriculture ou, à travers le brulage par les pastoralistes, converti en pâturages – entrainant la perte d’habitat pour ces singes rares.

En conséquence, les efforts de conservation dépendent en grande partie de la mobilisation des groupes de conservation locaux et des personnes vivant dans, ou autour des communautés voisines des zones boisées où se trouvent ces singes.

La forêt et la rivière Mbe, dans l'état de Cross River au Nigeria, abritent de nombreuses espèces endémiques © WCS

BirdLife, le RIT de CEPF dans les Forêts guinéennes de la zone critique de l’Afrique de l’ouest a introduit son portefeuille de subventions au Nigéria et dans d’autres pays au sein de la zone critique afin de soutenir les efforts des parties prenantes, en particulier les groupes de conservation locaux, les organisations de la société civile, le gouvernement, les instituts de recherche et le secteur privé pour préserver la biodiversité dans la région et sauver les espèces menacées telles que le Gorille de la Rivière Cross.

Plusieurs petits campements humains qui continuent de s’étendre, sont éparpillés à travers l’aire de répartition des gorilles, fragmentant davantage la forêt et empêchant les gorilles de migrer entre leurs bastions. Des routes modernisées dans l’aire de répartition des gorilles contribuent également à la perte et à la fragmentation de l’habitat, dans la mesure où elles ouvrent de nouvelles zones au peuplement par les humains et à l’agriculture, et servent de barrières potentielles contre la migration.

La construction de route dans les forêts aux fins de satisfaire les besoins croissants du développement ou pour l’exploitation forestière ou minière a également facilité l’abattage des gorilles et d’autres animaux par les villageois pour se nourrir.

L’investissement du CEPF au Nigéria octroiera aux organisations de la société civile à la base, des niveaux nationaux et internationaux avec les capacités et les ressources nécessaires pour établir et maintenir des partenariats multipartites qui démontrent des modèles pour une croissance durable, ciblent les populations les plus pauvres et atteignent des objectifs prioritaires de conservation dans le pays et au-delà.

 

Le Fonds de Partenariat pour les écosystèmes critiques est une initiative conjointe de l’Agence française de développement, de Conservation International, de l’Union européenne, du Fonds pour l’environnement mondial, du Gouvernement du Japon, de la Fondation MacArthur et de la Banque mondiale. Un objectif fondamental est d’assurer que la société civile est engagée dans la conservation de la biodiversité.