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Africa
13 Apr 2017

Un nouvel espoir pour les couturières à longue queue de Tanzanie, espèces gravement menacées d’extinction

La paruline à long bec des forêts, endémique de la Tanzanie, prospère dans son habitat naturel.

L'équipe de terrain collecte les données de couturière © Norbert Cordeiro
L'équipe de terrain collecte les données de tailorbird © Norbert Cordeiro
By N.J. Cordeiro, L. Borghesio, K. Ndang’ang’a, Jude Fuhnwi

Il s’agit de l’un des oiseaux les plus rares du monde, qui semble se reproduire en nombres légèrement plus élevés qu’on pouvait l’imaginer. De plus, cet oiseau répond positivement aux efforts de conservation qui consistent à travailler avec les agriculteurs en vue d’une régénération de la végétation nécessaire aux oiseaux.

Cela a permis que cet oiseau recolonise certaines zones et que les experts en protection des oiseaux affirment qu’il y a un nouvel espoir pour la petite population de ces espèces trouvées uniquement en Tanzanie, en Afrique de l’Est.

Environ 100 à 200 paires de la paruline au long bec des forêts de l’espèce Artisornis moreaui (connue sous le nom de Couturière au long bec) sont présentes dans les montagnes de l’Est d’Usambara au nord-est de la Tanzanie, le seul endroit où on trouve l’espèce, selon les enquêtes annuelles. Les travaux intensifs de recherche et de conservation s’étaient déjà concentrés sur la réserve naturelle d’Amani.

Cependant, l’importance accordée récemment à la réserve naturelle de Nilo, une zone protégée située au nord de la réserve naturelle d’Amani, a permi d’enregistrer plus d’informaions. Les enquêtes ont été effectuées par le BirdLife Species Guardian, l’équipe de terrain locale et d’autres experts de l’Université de Dar-es-Salaam.

Ce nouveau chiffre est de 50% supérieur à la population évaluée en 2000, où les estimations étaient seulement de 150 à 200 oiseaux dans la réserve naturelle d’Amani.

BirdLife soutient la protection des couturières à longue queue (couturières à tête noire et à dos vert) dans les champs qui bordent la forêt, où les terres sont louées et la végétation peut se régénérer naturellement sans perturbation. Ces parcelles agricoles ont commencé comme une expérience en 2012 par Nsajigwa Kyonjola, une étudiante en année de maîtrise à l’Université de Dar-es-Salaam et a été soutenue en partie par African Bird Club.

Après quatre années de régénération naturelle sur ces parcelles agricoles, les résultats sont que les couturières ont colonisé 50% des parcelles restaurées.

Cette énigmatique paruline à long bec des forêts préfère les espaces relativement ouverts dans la forêt, comme les ouvertures du couvert forestier, les cours d’eau et les lisières de forêt au-dessus de 800 m pour l’habitat. On n’en trouve pas hors de la forêt.

La forte pression exercée par l’exploitation illégale des mines dans la réserve naturelle d’Amani et aux alentours depuis la découverte de l’or en 2003 a eu une incidence négative sur les lisières et les cours d’eau de forêt dans plusieurs régions, obligeant ainsi cet oiseau à abandonner les territoires dans les zones forestières gravement perturbées.

La découverte de nouveaux territoires dans la réserve naturelle voisine de Nilo a par conséquent suscité de l’espoir pour cette espèce figurant sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et gravement menacée d’extinction.

L’éloignement de la réserve naturelle de Nilo et la faible densité de population humaine ont réduit la présence humaine excessive et la perturbation par les communautés locales, ce qui permet aux oiseaux de s’épanouir dans un habitat naturel.

Au cours de ces dernières années, les résultats des enquêtes et des visites de surveillance montrent qu’un plus grand nombre de couturières se retrouvent dans des zones forestières moins perturbées dans la réserve naturelle de Nilo, contrairement à la réserve d’Amani où les humains sont très actifs avec une exploitation illégale continue de mine d’or, ce qui constitue une menace majeure pour les oiseaux de cette espèce.

De ce fait, la zone protégée de Nilo est actuellement classée comme un site très important pour la conservation de cette espèce en Tanzanie.

L'exploitation minière exerce une pression sur l'habitat forestier © Chris Magin

Des experts de BirdLife, avec le soutien des praticiens locaux de la conservation, ont effectué un travail intensif sur le terrain pour établir et cartographier la répartition de cette espèce rare afin d’améliorer sa conservation. L’équipe de terrain travaille en étroite collaboration avec les communautés locales et éduque les personnes vivant autour des aires protégées sur l’impact qu’ont leurs activités sur la gestion du site et les efforts de conservation.

Victor Mkongewa et Martin Joho, conservateurs locaux, ont collecté des données sur les espèces et ont engagé les villageois dans leur localité, Amani, pour protéger les couturières. En janvier 2017, le duo était accompagné du Prof. Norbert Cordeiro, gardien des espèces à BirdLife et du Prof. Henry Ndangalasi, botaniste à l’Université de Dar-es- Salaam, entre autres, lors d’un voyage difficile dans une région éloignée des montagnes d’East Usambara, pour réévaluer la population de couturières et poursuivre les campagnes de sensibilisation.

« Nous avons transmis le message de conservation aux agriculteurs et aux autres villageois en leur expliquant les principales menaces pour la conservation des oiseaux et de leurs habitats. Nous leur avons parlé de la perte et de la fragmentation de l’habitat causée par des activités humaines comme la récolte illégale de bois, l’extraction de l’or et les incendies. Beaucoup d’entre eux en ont pris conscience », a affirmé Victor Mkongewa, l’un des conservateurs locaux.

D’après lui, leur trajet dans la zone forestière était plein d’obstacles naturels ; ils ont parcouru des terrains accidentés et parfois glissants et escaladé une barrière causée par la chute d’un grand arbre, ce qui a rendu difficile l’accès de l’équipe à la zone avec une Land Rover.

« Nous avons eu recours aux taxi motos qui ont transporté les membres de l’équipe et leurs fournitures et matériaux lourds de camping en plusieurs voyages », a-t-il ajouté.

Lorsque les experts ont finalement pénétré dans la forêt épaisse et sombre et se sont retrouvés parmi de gros arbres émergeants de 40 à 60 m, ils se sont réjouis de constater que l’état de la forêt et de la population d’oiseaux était tout à fait intact, sans aucun signe de menace observé dans les sites du recensement. Tous les 17 territoires de couturières précédemment identifiés entre 2009 et 2016 ont tous été délocalisés facilement.

Avec plus de financement en 2017, l’équipe peut procéder au marquage et au repérage radio de ces oiseaux pour évaluer l’impact des perturbations du fait de l’homme sur leur préservation et leur écologie. Cela consistera à la capture des oiseaux avec des filets japonais, qui sont des filets spéciaux pour piéger les oiseaux, et au marquage en plaçant un émetteur sur l’oiseau afin d’utiliser un récepteur radio et une antenne pour surveiller les oiseaux marqués.

En outre, des fonds additionnels pourraient permettre la régénération de l’habitat de ces oiseaux dans des zones beaucoup plus vastes au-delà du travail réussi effectué dans les zones expérimentales.

 

 

Traduit par Gueye Awa Sanou Ndoye, révisé par Jude Fuhnwi.