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Africa
13 Apr 2017

Les zones humides qui maintiennent la vie de l’écosystème au Zimbabwe, épargnées des foyers de logements

Le travail de plaidoyer vital du partenaire zimbabwéen de BirdLife a empêché que l’une des zones humides près de Harare devienne un chantier de construction – une grande victoire, tant pour la nature de la capitale que pour ses habitants.

© BirdLife Zimbabwe
© BirdLife Zimbabwe
By Jude Fuhnwi

Le travail de plaidoyer vital du partenaire zimbabwéen de BirdLife a empêché que l’une des zones humides près de Harare devienne un chantier de construction – une grande victoire, tant pour la nature de la capitale que pour ses habitants.

Harare est une ville en plein essor. Mais, plus que jamais, la croissance a un prix. Au fur et à mesure que la vaste capitale du Zimbabwe se développe, les zones humides qui l’entourent sont lentement, mais sûrement absorbées par le développement ou ternies par la pollution. Il s’agit là d’un conflit classique, la nécessité de construire des maisons, contre la nécessité de protéger la nature d’un développement non durable. Mais dans ce cas, les choses sont plus claires.

Les zones humides de Harare sont des écosystèmes vitaux et leur destruction est une situation qui devrait concerner non seulement les groupes locaux de conservation tels que BirdLife Zimbabwe, mais également ceux qui vivent dans ou près de la capitale de ce pays enclavé d’Afrique australe.

Les zones humides sont des milieux productifs qui fournissent d'innombrables services éco-systémiques, aussi bien à l’humanité qu’à la biodiversité. Beaucoup d’espèces végétales, d’oiseaux et d’animaux, y compris les humains qui vivent dans la ville et ses environs, dépendent des marais et prairies exceptionnellement bio diversifiés, inondés selon les saisons, pour leur survie. Mais le développement représente une menace majeure pour l’avenir de ces habitats vitaux. 

Les autorités zimbabwéennes sont conscientes de ce problème et des lois promulguées pour l’empêcher. La promulgation de la Loi sur la Gestion de l’Environnement du pays limite les travaux de construction dans les zones humides. Cette loi exige que les promoteurs de projet obtiennent un certificat d’évaluation de l'impact environnemental auprès de l’agence chargée de la gestion de l’environnement avant de délivrer un permis d’exécution d’un projet dans une zone humide dans le pays.

Toutefois, cette loi n’est pas toujours respectée. «Au Zimbabwe, les zones humides sont protégées sur le papier, mais en réalité, elles sont détruites, ce qui compromet la disponibilité et la qualité de l’eau pour un développement durable », a déclaré Julia Pierini, Directrice générale de BirdLife Zimbabwe. « La perte de zones humides à Harare équivaut à la perte d’eau pour la ville. »

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Il n’en n’était pas toujours ainsi. En effet, pendant des décennies, les marais peu profonds et les espaces verts à Harare étaient restés intacts. Tout a commencé à changer il y a 15 ans de cela, lorsque la population du Grand Harare a commencé à croître rapidement, principalement en raison de la migration des zones rurales vers les villes.

Les pressions résultant du développement, de l’agriculture non réglementée et de la pollution ont entraîné une perte rapide de certaines zones humides importantes. Cela a gravement affecté la biodiversité des zones humides et les services écosystémiques qu’ils fournissent, notamment le service fondamental de l’approvisionnement en eau potable pour les citoyens du Grand Harare. Sans les zones humides, la ville devra dépenser plus d’argent pour traiter l’eau pour les citoyens, les inondations seront plus dévastatrices pour les communautés avoisinantes, les animaux doivent être déplacés ou mourir et les moyens de subsistance perturbés.

D’après Pierini, « les causes profondes de la perte des zones humides de Harare sont la faible et mauvaise mise en œuvre des politiques et de la législation existantes. Le manque de volonté politique pour protéger les zones humides et une population toujours plus nombreuse appellent finalement à la forte demande de logements».

Profondément préoccupée par ces menaces, BirdLife Zimbabwe est intervenue pour  protéger des zones humides menacées de disparition et sécuriser des sites de nidification vitaux pour les oiseaux.

En 2001, un groupe de pression connu sous le nom de Monavale Residents Environmental Action Group a été constitué pour prévenir les activités horticoles sur Monavale Vlei, l’une des quelques zones humides qui sont restées bien préservées à Harare (jusqu’à présent). Ce groupe a commencé comme un groupe de conservateurs bénévoles souvent appelé Groupe de soutien du site pour BirdLife Zimbabwe.

Cependant, le groupe a évolué pour devenir une organisation communautaire sous le nom de Conservation Society of Monavale (COSMO). BirdLife Zimbabwe et COSMO ont depuis collaboré étroitement pour défendre la préservation de toutes les zones humides à Harare, notamment Monavale Vlei, un site de reproduction important pour les espèces d’oiseaux migrateurs des zones humides, comme la Marouette rayée appartenant à l’espèce Amaurornis marginalis et le Râle de Böhm appartenant à l’espèce Sarothrura boehmi.

BirdLife Zimbabwe et COSMO ont influencé l’adhésion du Zimbabwe à la Convention de Ramsar sur les zones humides en 2013 et un grand succès s’en est suivi rapidement, lorsque Monavale Vlei a été identifiée comme une zone humide d’importance mondiale et nommée un site Ramsar.

Toutefois, ce statut n’est pas suffisant à lui seul pour assurer l’avenir du site. Un an plus tard, les promoteurs de projet se sont approchés de l’agence zimbabwéenne de gestion de l’environnement pour un projet visant à développer des foyers dans les zones humides de Monavale. Le projet n’a pas été approuvé par l’agence, mais en décembre 2015, les promoteurs de projet ont tout fait pour obtenir un permis des autorités de la ville de Harare, ce qui leur a permis d’exécuter leur projet sur le site.

Conscients du fait que les zones humides importantes étaient menacées par un développement rapide, BirdLife Zimbabwe et COSMO ont fait équipe avec d’autres organismes pour lancer des poursuites judiciaires, comme l’exige la loi.

En novembre 2016, le tribunal a jugé que le promoteur de projet n’a pas suivi la procédure appropriée pour obtenir un permis et a déclaré son action  illégale. Le verdict a clairement indiqué que Monavale Vlei n’était pas ouverte aux promoteurs de projet, en citant l’article 97 (5) de la Loi sur la gestion de l’environnement qui ne permet pas la délivrance d'un permis sans obtention d’un Rapport d’Évaluation de l’Impact Environnemental.

 «Je me suis sentie extrêmement soulagée et encouragée. Si les tribunaux continuent de défendre la loi, nous allons non seulement garantir pleinement le statut de protection de Monavale Vlei, mais également finir par récupérer et restaurer les écosystèmes fragiles de Harare pour le bien des personnes et pour la biodiversité », a déclaré Pierini.

 « Nous sommes pleinement conscients que le verdict n’est qu’un simple tremplin dans la bonne direction, mais cela nous a aidés à réaliser l’un de nos objectifs visant à atteindre notre cible globale, celle de mettre un terme à une nouvelle dégradation des zones humides et de les voir protégées, restaurées et conservées intactes. Cet objectif a été d’influencer l’application des lois et règlements existants. »

La décision de Monavale Vlei a été un pas décisif vers la conservation durable des zones humides de Harare et assure que la ville reste un endroit sain où les humains vivent en harmonie avec la nature.

 

Traduit par Gueye Awa Sanou Ndoye, révisé par Jude Fuhnwi.