Africa
17 Oct 2017

Les actions locales de conservation réduisent la pauvreté dans la région côtière du Kenya

© Steve Garvie
© Steve Garvie
By Nature Kenya

La forêt claire de Dakatcha près de la ville de Malindi sur la côte kenyane, couvre une grande superficie de forêts arides et de végétation basse dense interposées de terres agricoles. C’est le seul site hors de la forêt d’Arabuko-Sokote où l’on trouve le Tisserin de Clarke menacé d’extinction. La forêt claire abrite également des populations importantes du Pipit de Sokoke et d’autres oiseaux menacés à l’échelle mondiale.

La forêt claire de Dakatcha fournit de l’eau, protège le sol contre l’érosion, abrite des animaux et des plantes uniques, et offre des services environnementaux directement bénéfiques aux populations locales. Toutefois, cette Zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) est menacée par les communautés qui dépendent de la forêt pour leurs moyens d’existence. La population croissante dans les communautés environnantes dépend des ressources forestières pour ses besoins économiques, énergétiques et de construction. Ces besoins ont exacerbé la pression sur la forêt puisque la plupart des habitants l’envahissent  pour sa terre arable, sa ressource la plus précieuse. La terre a également été réservée pour les grands projets agricoles commerciaux.

© B. Wambua

En 2009, Nature Kenya (Partenaire de BirdLife au Kenya) a soutenu 13 groupes d’entraide pour former un groupe communautaire plus large qui œuvre à protéger les ressources naturelles de la forêt claire de Dakatcha au profit des habitants des diverses communautés vivant autour et au sein du site. Connu sous le nom de Dakatcha Woodland Conservation Group (DWCG) le groupe a depuis lors œuvré pour préserver les ressources forestières et améliorer les moyens d’existence de la population locale.

Le groupe s’est efforcé de sensibiliser les personnes sur la protection de leur environnement et a développé des propositions de projet qui soutiennent l’amélioration des moyens d’existence en faveur des communautés locales. Ils font cela au moyen du plaidoyer, du développement institutionnel, de l’éducation environnementale, du développement de l’infrastructure, de l’amélioration des moyens d’existence, du suivi de la biodiversité et de la recherche.

Quinze membres du DWCG représentant les divers groupes d’entraide, ont reçu une formation sur le suivi de la biodiversité et ont activement offert volontairement leurs services pour aider les chercheurs et fournir des données sur les oiseaux. L’équipe de suivi a contribué substantiellement à la découverte d’un site de reproduction pour le Tisserin de Clarke à Dakatcha. La communauté a réservé 10 000 hectares de forêt comme Aires communautaires préservées (CCA en anglais) pour la protection de la biodiversité et les tisserins de Clarke ont été utilisés comme espèce phare préservée. 

© K. Thuva

Orienter l’action de conservation locale

Avec l’appui considérable de Nature Kenya, du gouvernement du Comté de Kilifi et d’autres parties prenantes au Kenya,  le DWCG a initié plusieurs actions de conservation et y participe activement. Ils ont utilisé des ressources du Fonds fiduciaire pour le développement communautaire de l’Union européenne  (UE-FFDC) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en vue de développer les capacités de 13 groupes d’entraide sur le leadership et les capacités organisationnelles, améliorant ainsi leur rôle en tant qu’ambassadeurs de la conservation à Dakatcha. Les ménages participants ont également utilisé le savoir ainsi acquis de la formation pour améliorer leur quotidien dans la communauté.

En leur qualité de leaders locaux de la conservation des ressources naturelles, le groupe de Dakatcha oriente les programmes de conservation sans trop de résistance de la part de la communauté et ont été consultés par plusieurs acteurs sur les questions environnementales qui affectent la forêt claire de Dakatcha.

Le groupe gère un programme d’éducation environnementale dans les communautés et a créé des équipes pour la promouvoir dans les écoles au moyen de clubs de la faune sauvage. Dix clubs de la faune sauvage sont actifs à Dakatcha actuellement et ont été mis en contact avec la Wildlife Club of Kenya.

© P. Changawa

Le DWCG gère également un centre de ressources connu sous le nom de Marafa Resource Centre qui possède une bibliothèque riche de documents et de films sur l’environnement, ainsi qu’une salle de conférence pour les réunions. Le Centre a également une section pour la transformation du miel à des fins commerciales.
Afin de réduire la pression sur les ressources forestières et fournir d’autres sources de revenu aux populations locales, le groupe de conservation de la forêt claire de Dakatcha a modernisé et étendu l’apiculture avec des ruches Langstroth modernes acquises grâce au financement de l’UE-FFDC.

Ils ont également formé les guides écotouristiques locaux pour promouvoir le tourisme et attirer les touristes à des sites majeurs à Dakatcha tels que Hell’s Kitchen. L’Association des opérateurs touristiques de Hell’s Kitchen ont obtenu une subvention de 2 millions de shillings (environ 20 000 USD) auprès du projet Kenya Coastal Development (KCDP en anglais) et l’ont utilisée pour développer les attractions et installations écotouristiques.

« Nous sommes 27 guides locaux sur le site. Nous générons environ 1 620 000.00 KES chaque année avec les visiteurs. Une partie de cet argent est remise aux enfants nécessiteux sous formes de bourses, nous en utilisons une autre partie pour couvrir les frais de fonctionnement et une fraction est remise aux guides. Je nourris ma famille, je paie les frais scolaires pour mes cinq enfants et je prends soin des autres besoins ménagers avec l’argent que je gagne comme guide écotouristique » a confié Kazungu Thuva, leader de l’association des opérateurs touristiques de Hell’s Kitchen.

La Dakatcha Community Forest Association (DCFA) a été formée à travers le DWCG. Ce groupe communautaire a été reconnu et mandaté par la Loi forestière kenyane de 2016 pour participer à la gestion participative des forêts. L’association a fait une campagne active contre la conversion de sections de la forêt claire de Dakatcha en plantations de jatropha.