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Africa
24 May 2017

Le vautour fauve M13 fait le buzz au Maroc: Etes-vous superstitieux?

Qualifié de "nicheur abondant dans toutes les montagnes" (Vaucher, 1915), il semble que le vautour fauve (Gyps fulvus) ait été présent autrefois dans la plupart des reliefs marocains. La régression de l’espèce, très nettement constatée depuis 1960, réduit considérablement les chances d’observation aujourd’hui. Voici l’histoire du vautour M13, pour lequel une poignée d’hommes passionnés se mobilisent pour conserver sa liberté.

Le vautour M13 après sa remise en liberté © Rachid El Khalmichi
Le vautour M13 après sa remise en liberté © Rachid El Khalmichi
By Blandine Mélis et Adil Boulahia

Tout a commencé en début d’année 2017 lorsque les agents du Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts et la lutte contre la Désertification découvrent cinq vautours fauves épuisés (2 adultes, 1 sub-adulte et 2 immatures) dans la Région de Jbel Moussa. Cette zone, au sud du détroit de Gibraltar est située sur le trajet des oiseaux migrant de la péninsule Ibérique vers l’Afrique subsaharienne. Le Jbel Moussa, haut lieu de biodiversité, constitue un Site d’Intérêt Biologique et Ecologique dont la population de rapaces est régulièrement suivie par l’équipe du Groupe de Recherche pour la Protection des Oiseaux au Maroc (GREPOM/BirdLife Maroc).

Les cinq vautours affaiblis sont acheminés au jardin Zoologique de Rabat pour y être soignés en vue de leur prochaine remise en liberté. Pour mieux les suivre, chaque individu est identifié via la pose de marques alaires munies d’une radio-étiquette (RFID tag), dispositif permettant de répertorier les données à distance. M13, un mâle adulte, fait partie du groupe des rescapés.

A l’occasion de la commémoration de la journée Mondiale des Zones Humides et dans le cadre d’un essai de réintroduction de l’espèce dans le milieu naturel, les oiseaux sont relâchés le 07 février dans le Jbel où ils avaient été découverts. Quelques jours après sa libération, M13 probablement désorienté, à la recherche de nourriture dans les décharges urbaines de F’nideq, est capturé et maltraité par les jeunes de la ville. La scène est photographiée, les images sont alors largement diffusées dans les médias marocains. Le vautour est immédiatement récupéré par l’équipe locale GREPOM et les agents de Tetouan. Le Procureur Général du Roi ouvre une enquête pour déterminer les circonstances de capture du vautour et en identifier les responsables.

 

Le vautour M13 avec son compagnon de fortune M14 de retour dans la nature © Rachid El Khalmichi

L’évènement fait le BUZZ au niveau national et la société civile se mobilise : la question de la maltraitance animale fait débat. Après de nouveaux soins, M13, le malchanceux, est relâché et surveillé de près par les membres de l’unité Nord-Ouest du partenaire BirdLife.

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L’association GREPOM collecte les données d’observation (comportement et adaptation) des oiseaux et poursuit le formidable travail de sensibilisation déjà engagé depuis quelques années auprès des populations locales. D’ores et déjà les habitants, convaincus de l’importance des vautours dans l’écosystème, ont démontré leur engagement et plus d’une vingtaine de jeunes ont participé à l’installation d’un site de nourrissage pour les vautours en 2016.

Les autorités marocaines en collaboration avec GREPOM et d’autres partenaires se mobilisent pour la conservation de l’espèce dans la zone et coordonnent ensemble la protection, la réhabilitation et la surveillance des vautours.

Un mois après son retour à la vie sauvage, M13 a repris des forces et prospecte la zone avec son compagnon de fortune M14. La dernière observation connue est celle de M14 le 20 mars 2017 dans la zone où les individus ont été relâchés.