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Africa
21 Jun 2017

La veuve dominicaine du Burundi, l’histoire d’une persécution amoureuse

Le mâle de la veuve dominicaine en parade nuptiale © Mike’s Birds
Le mâle de la veuve dominicaine en parade nuptiale © Mike’s Birds
By Blandine Mélis et Eric Niyongabo

Sous un soleil de plomb ou sous la pluie, rien ne les arrête. Ils sont là trépignants, impatients munis de leurs jumelles et de leur guide ornithologique à l’affût du départ. Chaque premier samedi du mois aux abords de la capitale Bujumbura, l’Association Burundaise pour la protection de la Nature (ABN/BirdLife Burundi) offre à ses membres passionnés des sorties découvertes. C’est alors l’occasion de se laisser emporter par le grand air à la découverte d’oiseaux qui colorent et embellissent le paysage et de comprendre les dangers qui mettent en péril la biodiversité de ce petit pays couleur émeraude situé au cœur de l’Afrique.

Le retour de la promenade est toujours plus exaltant quand un oiseau rare est recensé. Chacun indique alors fièrement d’une petite croix son observation sur son carnet. Au détour des pages, on s’étonne et on s’inquiète de ne pas avoir admiré certaines espèces depuis longtemps. C’est le cas de la veuve dominicaine, Vidua macroura, oiseau fréquent en Afrique dont la dernière observation sur la colline de Burunga remonte pourtant à 2013 au Burundi.

Les marcheurs de la naturewalk © ABN

Très actif, le mâle infatigable courtise sans répit les femelles durant la saison des amours. Son plumage nuptial présente un long panache de rectrices noires qui lui donnent l’apparence d’un Don Juan en queue de pie. Cette parade spectaculaire laisse malheureusement à penser à certains que l’oiseau est doué d’un pouvoir aphrodisiaque.

Les hommes trop jaloux, s’emparent de l’animal, le tuent et ses longues plumes sont brulées, réduites en poudre et mélangées à certaines plantes (Cardiophilum sp.). Il s’agit ensuite de répandre le philtre d’amour sur les scarifications de la peau et de tendre la main à la personne convoitée. La tradition prétend qu’après cette salutation envoutante, l’être désiré présentera le plus ardent des sentiments amoureux à l’égard de celui qui l’aura ensorcelé. La légende raconte également que la préparation est aussi utilisée dans le commerce en aspergeant les marchandises destinées à attirer le client.

Eric Niyongabo, membre actif de L’Association Burundaise pour la protection de la Nature, ornithologue et fervent défenseur de la Nature a voulu vérifier si cette pratique absurde perdurait dans la culture burundaise.

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Il se rend alors en avril 2017 au marché de Jabe à Bujumbura dans l’officine d’un tradipraticien. Dans cette échoppe à l’odeur morbide, Eric découvre des décoctions de plantes, des peaux et des carcasses d’animaux mais à sa grande surprise et malgré sa renommée la veuve dominicaine ne s’y trouve pas. Il s’étonne et interroge le vendeur qui reconnaît l’importance que représente l’oiseau dans l’imaginaire amoureux mais déplore sa rareté depuis quelques années.

Pour en avoir le cœur net, Eric poursuit son enquête et se rend au Nord-ouest du pays sur le marché de Bubanza où il rencontre une autre commerçante de médecine traditionnelle. Cette dernière confirme, un sourire aux lèvres, les propos de son concurrent et ajoute que différentes espèces de pic, de loutre et de varan sont également utilisés comme aphrodisiaque dans le pays. La veuve dominicaine est de plus en plus difficile à se procurer et se vendrait 8000 Francs burundais pièce soit un peu moins de 5 US Dollars. 

Comme le souligne tristement Eric «Quand j’étais petit nous étions nombreux à voir cet oiseau, maintenant je le cherche désespérément lors de nos sorties de terrain pour l’admirer mais sans succès»

Le statut de protection international de l’oiseau est celui d’une « préoccupation mineure » selon la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Malheureusement, le mythe erroné autour de l’amour est tenace au Burundi.

L’association ABN préoccupée, alerte les amoureux de la Nature sur l’absurdité de cette persécution ciblée qui risque de provoquer le déclin de la population à l’échelle nationale.

Les adeptes de ce petit oiseau enthousiaste comprendront peut être un jour que la légende populaire n’apporte rien à leur attractivité sensuelle. Il serait peut-être plus doux pour notre Planète de croire que le meilleur aphrodisiaque reste tout simplement l’amour?