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Africa
21 Jun 2017

La terre des génies aux portes de Dakar, sanctuaire pour le phaéton à bec rouge

Les iles du parc National des Madeleines ©  B. Melis
Les iles du parc National des Madeleines © B. Melis
By Blandine Mélis

Matin brumeux sur la capitale sénégalaise, sous la douceur du soleil la lumière tarde à apparaitre. Avec une population de 3 millions d’habitants Dakar s’étouffe sous son nuage de pollution. Et pourtant c’est bien là, à 3 kilomètres des côtes de la grande ville que nous découvrons le Parc National des Iles de la Madeleine, ilots rocheux, paradis pour les oiseaux.

Les îles difficilement accessibles, constituent un extraordinaire sanctuaire pour les oiseaux marins. Peu dérangés par l’homme, ils y trouvent, sur 23 hectares, un site propice pour leur reproduction. On peut ainsi y observer des espèces communes du littoral sénégalais mais aussi quelques espèces rarement repérées sur le continent (fou brun, sterne bridée et phaéton à bec rouge).

Le rendez-vous est donné au siège du Parc, situé dans la baie des pêcheurs de Soumbédioune sur la corniche dakaroise. Deux étudiants en biologie animale à l’Université Cheikh Anta Diop, Abdou Karim Houmenou et Ngoné Diop bénéficiant de l’appui de BirdLife International dans le cadre de son projet Alcyon, retrouvent Alpha Coumbassa, responsable du suivi écologique du parc pour atteindre après une demi-heure de navigation le parc enchanteur.

Adulte phateon sur le nid © B. Melis

Le projet Alcyon cherche à identifier les ZICO marines (Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux et la Biodiversité) et soutient le suivi écologique et l’étude des oiseaux marins sur l’île. Des observations sont menées pour connaitre les zones d’alimentation, les voies de migration, l’évolution de la population insulaire et le comportement des oiseaux notamment des Phaétons à bec rouge et des Cormorans.

Dès leur débarquement, les jeunes scientifiques ajustent leur paire de jumelles et scrutent les rochers à la recherche du phaéton à bec rouge (Phaeton aethereus mesonauta), sujet privilégié de leur recherche. Cet oiseau marin, est facilement reconnaissable à sa queue constituée de deux longues rectrices centrales, à son corps robuste et à son puissant bec rouge.

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La jeune doctorante nous avoue « la première fois que je suis allée sur l’île, j’étais terrorisée sur la pirogue et nous sommes rentrées tard le soir. Je me suis alors demandée ce que je faisais là. Mais aujourd’hui, c’est un plaisir de prendre la mer et de retrouver les iles où je poursuis mes travaux sur les oiseaux que je souhaite protéger »

Les oiseaux se retrouvent en couple à partir de septembre pour se reproduire. La femelle niche directement sur le sol, dans une cavité rocheuse ou à flanc de falaise et ne pond qu’un seul œuf. Le poussin reste au nid environ une centaine de jours où il est nourri en alternance par les deux parents. Nous sommes fin mars et quelques poussins sont déjà bien robustes et ne tarderont pas à quitter le nid pour découvrir l’océan.

Il est encore temps pour les jeunes chercheurs de poursuivre leurs travaux en inspectant scrupuleusement chacune des trois zones de nidification du phaéton. Les poussins sont délicatement attrapés, pesés, mesurés, bagués et reposés au nid avec autant de douceur par Ngoné. Des prélèvements de sang sont réalisés sur certains d’entre eux afin de mieux connaître leur régime alimentaire. Les adultes sont qu’en à eux équipés de dispositifs GPS et GLS permettant ainsi de suivre leurs déplacements.

L’équipe du suivi écologique © B. Melis

Considérée par la communauté Lébou (ethnie de pêcheurs du Sénégal) comme demeure de leur génie protecteur Ndeuk Daour, l’île et ses environs sont respectés et toutes les pratiques rituelles s’effectuent d’une manière à ne nuire en rien à l’état des lieux. Cependant, il faut rester vigilant, et malgré cette protection mystique, ce sanctuaire fragile est mis en danger par la pression exercée par l’homme. « Les agents du parc doivent sans cesse surveiller les pêcheurs qui s’approchent très souvent trop près de l’île malgré l’interdiction de pêche à moins de 50 mètres des côtes. Les visiteurs terrestres, obligatoirement accompagnés d’un guide, ne respectent pas toujours le besoin de tranquillité des oiseaux » nous indique le Lieutenant Coumbassa.

En quittant l’île après plusieurs heures de prospection, Karim nous confie « mes proches ne veulent pas comprendre l’importance des oiseaux et de la Nature, mais ils me comprendront mieux avec le travail que je vais fournir. Je veux devenir un grand ornithologue pour mon pays. Il faut y croire et je me donnerai les moyens d’y parvenir. Pourquoi pas moi  »