Quantcast
Africa
4 Apr 2017

Des femmes actives dans la mangrove

Les idées ne manquent pas pour les femmes de Kalissaye au Sénégal, qui veulent s’investir davantage dans la conservation de cette importante aire protégée -Conservation and Migratory Birds - CMB2

La fleur de sel est recueillie par 30 femmes qui se relaient quotidiennement de novembre à juin © Blandine Mélis
La fleur de sel est recueillie par 30 femmes qui se relaient quotidiennement de novembre à juin, dans le cadre du project © Blandine Mélis
By Blandine Mélis

Située au cœur de la Casamance, région humide et verdoyante au sud du Sénégal, la Réserve Ornithologique de Kalissaye d’une superficie de 16 hectares comprend 10 villages répartis sur 3 ilots. L’aire protégée présente une façade ouverte sur l’Océan Atlantique mais sa majeure partie est constituée d’une forêt de mangroves, accessible en pirogue, et dans laquelle viennent s’entremêler les bras de l’estuaire appelés bolongs.

Après le parc National du Banc d’Arguin en Mauritanie et le parc du Djoudj au Sénégal, la Réserve de Kalissaye se place parmi les plus grands sites d’accueil d’oiseaux migrateurs nicheurs sur la côte ouest africaine.

C’est en 2009 qu’Elisabeth Djiba, originaire du village de Hillol, devient coordinatrice locale pour la campagne nationale de reboisement des mangroves qu’engage l’ONG sénégalaise Océanium. Elle apprend à organiser une équipe, à gérer un budget et à engager les villageois dans le reboisement des palétuviers Rhizophora racemosa.

Après cette initiative concluante où plus de 1000 hectares ont été replantés dans l’arrondissement, elle poursuit l’aventure et mobilise 100 femmes de la Réserve à se structurer en Groupement d’Intérêt Economique. Le groupement GIE « Poumoulindiana » qui veut dire « propagules » en langue locale voit alors le jour. Ensemble, elles s’engagent à reboiser plus de 50 hectares de mangroves par an sur leur terroir.

En 2015, Poumolindiana établit un protocole d’accord avec l’Administration de la Réserve. Le Conservateur et ses agents s’impliquent dès lors dans l’encadrement technique des femmes et dans la recherche de partenaires.

Progressivement les activités des femmes se diversifient et tiennent compte de l’évolution des activités économiques de la région. Le port de Kafountine, localisé à quelques kilomètres de la Réserve est un haut lieu de la pêche artisanale et de nombreux pêcheurs viennent chaque année accroitre les effectifs de ceux déjà installés. Le poisson pêché est salé et transformé sur place et le besoin d’importation en sel augmente exponentiellement.

Subscribe to Our Newsletter!

C’est alors que les femmes font le pari de produire elle-mêmes cet « or blanc » pour satisfaire le marché local et réduire l’importation. Elles installent leurs unités de saliculture sur les ilots vierges de la Réserve. Des bâches plastifiées sont placées au sol pour retenir l’eau à chaque marée grâce à un système de pompage fonctionnant à l’énergie solaire.

La chaleur produite par le soleil, facilite l’évaporation, c’est alors que la fleur de sel, fin dépôt cristallisé, est recueillie par 30 femmes qui se relaient quotidiennement de novembre à juin. Cette méthode écologique par évaporation évite l’utilisation des fours alimentés par le bois et réduit donc la dégradation du milieu. A terme, le groupement espère produire plus de 72 tonnes par an pour répondre au besoin.

Cette année, l’objectif des 57 tonnes est en bonne voie selon Elisabeth et les femmes aimeraient à l’avenir remplacer les bâches par des bacs moins polluants et plus résistants.

Durant ces mêmes mois, une autre équipe de Poumolindiana entretient et surveille la croissance des naissains d'huitres disposés en guirlande à la lisière des mangroves.

« Nous ne voulons plus couper les branches des palétuviers pour récolter les huitres mais nous profitons maintenant de la richesse nutritive des eaux pour faire grandir nos huitres sans dégrader notre forêt de mangrove», m’explique Elisabeth.

Rien ne se perd, tout se transforme et les femmes de Kalissaye l’ont bien compris. Elles envisagent maintenant de produire de la chaux à partir du broyage des coquilles d’huitres vides.

Les idées ne manquent pas pour ces femmes courageuses qui veulent s’investir davantage dans le maraichage, l’arboriculture fruitière, l’apiculture et la riziculture. Toutes ces activités génératrices de revenus sont discutées et structurées dans le plan d’action de la Réserve dans le cadre du Projet de Conservation des Espèces côtières menacées.

Cette initiative financée par BirdLife est appuyée par son partenaire potentiel Nature Communautés Développement et les gestionnaires de la Réserve.

Elisabeth nous confie enfin « nous avons compris combien il est important d’utiliser l’énergie de la Nature et de veiller à ne pas épuiser les ressources plutôt que de gaspiller ce qu’elle nous offre».